Cette pièce captivante met en scène onze employées d’une usine textile en crise. Confrontées à un choix cornélien, elles s’engagent dans une joute verbale intense qui expose fractures individuelles et solidarités naissantes sur fond de luttes ouvrières féminines.
La metteuse en scène Maëlle Poésy recrée dans une distribution franco-belge une pièce montée pour la Comédie-Française en 2021 et plonge le spectateur dans un huis clos social fiévreux. La partition chorale de Stefano Massini, auteur italien et conseiller artistique du Piccolo Teatro, place onze ouvrières d’une usine de sous-vêtements face à un dilemme éthique : préserver leurs sept minutes de pause ou garantir l’emploi de toutes. Le drame se construit comme un long plan séquence au rythme soutenu. Coincées dans l’espace de repos, au milieu du bruit des machines, les ouvrières incarnent des destins singuliers qui reflètent une pensée collective. Maëlle Poésy choisit un dispositif bi-frontal pour rapprocher le public des débats et des tensions et souligner ce « théâtre de la confrontation » dont elle a l’art. Dépassant les stéréotypes, elle révèle des femmes au bord de la lutte, conscientes des enjeux et de la fragilité de leur position. Cette mise en scène remarquable offre à l’écriture efficace de Massini une densité humaine rare et rappelle la place centrale des voix féminines dans l’histoire ouvrière.
Création
Mise en scène Maëlle Poésy / Texte Stefano Massini / Traduction Pietro Pizzuti / Avec Olivia Carrere, Juliet Doucet, Marianne Hanse, Sophie Leboutte, Maïka Loukairim, Agathe Mazouin, Réhab Mehal, Léa Sery, Marie Razafindrakoto, Laurence Warin, Sophie Warnant / Scénographie Hélène Jourdan / Costumes Camille Vallat / Lumières Mathilde Chamoux / Son Samuel Favart-Mikcha / Dramaturgie Kevin Keiss / Assistanat à la mise en scène Alice Roudier / Régie générale et lumières Tatiana Carret / Régie son et plateau Samuel Babouillard / La pièce 7 minutes, comité d’usine de Stefano Massini (traduction de Pietro Pizzuti) est publiée par l’Arche en 2018 et représentée par l’arche – éditeur et agence théâtrale. arche-editeur.com / Crédit photo Felipe Dupouy

Production Théâtre Dijon Bourgogne, Centre dramatique national / Théâtre National Wallonie-Bruxelles. Coproduction Théâtre de la Cité, Centre dramatique national Toulouse Occitanie.
Cette pièce captivante met en scène onze employées d’une usine textile en crise. Confrontées à un choix cornélien, elles s’engagent dans une joute verbale intense qui expose fractures individuelles et solidarités naissantes sur fond de luttes ouvrières féminines.
La metteuse en scène Maëlle Poésy recrée dans une distribution franco-belge une pièce montée pour la Comédie-Française en 2021 et plonge le spectateur dans un huis clos social fiévreux. La partition chorale de Stefano Massini, auteur italien et conseiller artistique du Piccolo Teatro, place onze ouvrières d’une usine de sous-vêtements face à un dilemme éthique : préserver leurs sept minutes de pause ou garantir l’emploi de toutes. Le drame se construit comme un long plan séquence au rythme soutenu. Coincées dans l’espace de repos, au milieu du bruit des machines, les ouvrières incarnent des destins singuliers qui reflètent une pensée collective. Maëlle Poésy choisit un dispositif bi-frontal pour rapprocher le public des débats et des tensions et souligner ce « théâtre de la confrontation » dont elle a l’art. Dépassant les stéréotypes, elle révèle des femmes au bord de la lutte, conscientes des enjeux et de la fragilité de leur position. Cette mise en scène remarquable offre à l’écriture efficace de Massini une densité humaine rare et rappelle la place centrale des voix féminines dans l’histoire ouvrière.
Mise en scène Maëlle Poésy / Texte Stefano Massini / Traduction Pietro Pizzuti / Avec Olivia Carrere, Juliet Doucet, Marianne Hanse, Sophie Leboutte, Maïka Loukairim, Agathe Mazouin, Réhab Mehal, Léa Sery, Marie Razafindrakoto, Laurence Warin, Sophie Warnant / Scénographie Hélène Jourdan / Costumes Camille Vallat / Lumières Mathilde Chamoux / Son Samuel Favart-Mikcha / Dramaturgie Kevin Keiss / Assistanat à la mise en scène Alice Roudier / Régie générale et lumières Tatiana Carret / Régie son et plateau Samuel Babouillard / La pièce 7 minutes, comité d’usine de Stefano Massini (traduction de Pietro Pizzuti) est publiée par l’Arche en 2018 et représentée par l’arche – éditeur et agence théâtrale. arche-editeur.com / Crédit photo Felipe Dupouy
Lecture
En résonance avec le spectacle, les élèves du Département Art Dramatique du Conservatoire à Rayonnement Régional Pau Béarn Pyrénées proposent une lecture d’extraits de l’œuvre de Stefano Massini. À travers une sélection de textes, le public pourra découvrir l’univers singulier de cet auteur majeur du théâtre contemporain, dont l’écriture sensible et engagée explore les dynamiques sociales, les destins individuels et les grandes mutations de nos sociétés. Cette lecture offre une occasion privilégiée d’entrer dans l’œuvre de Stefano Massini en amont du spectacle.
Maëlle Poésy
Après s’être formée à l’École du Théâtre national de Strasbourg, elle joue au théâtre et au cinéma en France comme à l’étranger. Comédienne, autrice et metteuse en scène, elle explore au fil des créations un « théâtre de la confrontation » qui questionne la société et ses composants individuels.
En 2011, elle met en scène son premier spectacle Funérailles d’hiver d’Hanokh Levin, suivront Purgatoire à Ingolstadt de Marieluise Fleisser, Candide, si c’est ça le meilleur des mondes... d’après Voltaire qu’elle coadapte avec Kevin Keiss, Ceux qui errent ne se trompent pas en collaboration avec Kevin Keiss (ouverture du Festival d’Avignon, 2016), Inoxydables de Julie Ménard. Dans le cadre du Festival international de Buenos Aires, elle joue, coécrit et co-met en scène País clandestino (2018) qui tourne dans plusieurs festivals internationaux en Amérique du Sud et en Europe dont Théâtre en mai. Elle crée Sous d’autres cieux d’après l’Énéide de Virgile, coadaptation Kevin Keiss (Festival d’Avignon 2019), Passé présent futur, coécrit avec Kevin Keiss (2020), conçoit Gloire sur la terre de Linda Mclean (2022) et ANIMA performance créée en collaboration avec l’artiste plasticienne Noémie Goudal (Festival d’Avignon, 2022).
À la Comédie-Française, elle met en scène Le Chant du cygne et L’Ours de Tchekhov (prix de l’association professionnelle de la critique de théâtre, de musique et de danse) en 2016 et 7 Minutes de Stefano Massini en 2021. À l’Opéra de Dijon, elle met en scène Orphée et Eurydice de Gluck (2018). Elle réalise les court-métrages Time flies (2020) puis Sans sommeil (2021). Elle intervient par ailleurs comme enseignante à l’École régionale d’acteurs de Cannes et Marseille et au Théâtre national de Strasbourg.
À l’automne 2023, elle crée au Théâtre Dijon Bourgogne Cosmos, dont elle cosigne l’écriture avec Kevin Keiss. À l’automne 2026, elle recrée au Théâtre Dijon Bourgogne 7 Minutes de Stefano Massini avec une distribution francobelge en coproduction déléguée avec le Théâtre National Wallonie-Bruxelles. En 2027, elle créera Magico if avec des artistes espagnole, uruguayenne, argentin et brésilien pour Théâtre en mai et Septième Saison, fruit d’une nouvelle collaboration avec Noémie Goudal à l’automne.
Maëlle Poésy est directrice du Théâtre Dijon Bourgogne, Centre dramatique national depuis 2021.
Sur 7 minutes,
mis en scène par Maëlle Poésy avec la troupe de la Comédie-Française.
Onze ouvrières se mobilisent face à la menace d’une délocalisation. Une fresque sociale vive et subtile. [...] On avait découvert Stefano Massini en 2015 avec sa saga réussie consacrée à l’empire bancaire des frères Lehman. Il a cette fois imaginé un huis clos dans le monde d’en bas : où l’on travaille parfois dans la souffrance, comme en témoigne Blanche. Du fait de son ancienneté, elle n’exulte pas en annonçant que tout continue comme avant. À une exception près : 7 minutes de pause en moins par jour. Sacrifice indolore ou lourd de conséquences sociales ?
Ici, pas de syndicaliste débarqué de l’extérieur pour retourner l’opinion. Jeune recrutée, travailleuses immigrées du Sud ou de l’Est ou employée de bureau sont livrées à elles-mêmes pour trancher. Maëlle Poésy s’appuie sur une enthousiasmante brigade de comédiennes pour rendre justice à cette diversité de destins. L’échange en devient musical tout en reflétant avec sérieux la construction d’un point de vue majoritaire au sein du groupe. [...] Et la question - que déciderait-on à leur place ? -, vite partagée par le public.
Télérama, Emmanuelle Bouchez, le 04/10/2021.
Maëlle Poésy signe un spectacle à voir absolument [...] 7 minutes, ou comment faire d’une réunion de comité d’usine un grand moment de théâtre épique.
Et il n’y a rien de banalement réaliste non plus dans le spectacle que signe Maëlle Poésy, qui orchestre le huit clos de ces onze femmes en colère avec un art consommé. La metteuse en scène a choisi un dispositif bi-frontal qui induit une grande proximité entre les spectateurs et le plateau : on est avec elles, avec ces femmes presque comme si on était parmi elles, assises dans un coin de la salle, sous les bobines de fil coloré, avec l’envie rageuse de prendre la parole.
On est d’autant plus avec elles que chacune existe dans toute sa singularité, avec une densité humaine saisissante. Dans ce groupe de onze femmes qui composent le « comité d’usine » (un système de représentation qui existe en Italie, mais pas en France, et qui ne relève pas de la délégation syndicale), les profils sont très différents.
Le Monde, Fabienne Darge, le 17/10/2021.
Note d’intention
En choisissant onze femmes, qui doivent prendre une décision avec des conséquences immédiates sur le travail et la vie de deux cents autres, Stefano Massini écrit une partition chorale, qui vient révéler les mécanismes de fonctionnement du groupe, le cheminement de chacune vers une pensée commune. Il ouvre, sans jugement, une réflexion sur la difficulté de faire collectif sur ce que représente le fait de choisir, de se mettre d’accord, de se convaincre, de croire en la parole d’une autre...
Ce que j’aime chez ces femmes c’est qu’elles soient d’âges et de parcours différents. Dans leur diversité, elles sont représentatives de leur entreprise, ce qui vient renforcer le caractère unique et complexe de leur appréhension de la situation. C’est une pièce sur les limites, sur nos marges de renoncement quand, sommé·es de faire un choix, le bien-être collectif devient ou pas plus important que le bien-être individuel. La pièce de Massini propose un théâtre politique, pas un théâtre militant, qui donne à entendre celles que l’on n’entend jamais, à voir ce que l’on ne voit jamais et ce grâce à un plateau qui mêle différentes générations de femmes. En tant que miroir de la société, le théâtre nous interroge sur notre environnement direct et on peut trouver des échos dans les luttes sociales actuelles. Cependant, l’enjeu central n’est pas ici la lutte elle-même, mais le trajet pour aller ou non vers elle.
L’une des raisons pour lesquelles 7 minutes m’a particulièrement touchée est la place centrale qu’elle accorde aux femmes, ces invisibles de l’histoire sociale, souvent absentes des grands récits collectifs. C’est là tout l’enjeu de cette pièce : réhabiliter les luttes ouvrières féminines. [...] J’y vois une forme de réhabilitation de ces grandes oubliées de l’histoire. Comme l’évoque la politologue Françoise Vergès, leur invisibilité tient à ce que leurs luttes ne sont pas placées sous la figure d’un leader : éminemment collectives, elles n’offrent pas de noms ou de visages permettant de les personnifier, apanage fréquent des luttes masculines. En rencontrant des ouvrières, notamment dans des usines textiles, j’ai pu entendre des témoignages qui résonnent profondément avec les enjeux de la pièce. Ces femmes sont partagées entre une solidarité forte et une pression constante à la compétitivité, imposée par la logique du rendement. Les contraintes économiques rendent les relations complexes : la solidarité se heurte à la division. C’est cette contradiction que je souhaite mettre en lumière, en montrant que l’unité, dans un cadre social aussi extrême, n’est jamais évidente, mais qu’elle émerge néanmoins, souvent de manière fragile et imparfaite.
Dans 7 minutes, les femmes ne sont pas rompues à l’art de la rhétorique ou aux discours publics. Elles ne font pas partie d’un syndicat structuré, et leurs paroles naissent d’une nécessité immédiate. J’ai un grand plaisir à travailler avec les actrices sur cette parole de l’instant, qui est réfléchie tout en étant viscérale. La partition s’apparente à un long plan-séquence où il n’y a – hormis l’arrivée de Blanche – aucune entrée ou sortie de scène : elles sont en permanence au plateau et certaines ne parlent pas pendant longtemps. Le théâtre devient ici un espace d’introspection collective où chaque personnage avance dans un cheminement intime, dans un mouvement de pensée qui prend forme en temps réel, sous le regard du spectateur. Le jeu des actrices, dans sa précision physique et son ressenti, dessine ce cheminement souterrain, ces tensions entre l’individuel et le collectif, entre la parole et le silence. C’est une forme passionnante à prendre en charge pour les comédiennes, dans ses détails, dans ses façons de rompre le silence ou d’interrompre l’autre afin de dessiner ce mouvement qui s’agence. Ce groupe au plateau est l’image d’un vol d’oiseaux migrateurs qui se suivent, s’arrêtent, se répondent. La pensée en mouvement de ces femmes pose cette question, partagée avec le public, pendant la représentation : qu’est-ce que signifie faire collectif aujourd’hui ?
Maëlle Poésy