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Olivia Grandville
Mille Plateaux,
CCN La Rochelle
Danse / mardi 24 novembre 20h  / Le Foirail
durée 1h15 / TARIF A / accessible en audiodescription
bord plateau après le spectacle

Cette pièce impertinente portée par neuf interprètes survoltés explore avec humour l’ambivalence des danses de masse et des unissons bien réglés. Un défi chorégraphique inventif qui met en balance fantasme individualiste et utopie communautaire.

S’il y a quelques années encore les grands ensembles à l’unisson semblaient, au mieux, une forme éculée ou une facilité, au pire, un mode de dressage politique, leur usage chorégraphique est aujourd’hui totalement décomplexé. Synonyme d’unité, de partage, de joie commune, les danses de groupe sont en vue. Pour Olivia Grandville, actuelle directrice de Mille Plateaux, le Centre Chorégraphique National de La Rochelle, la synchronie est à la fois complexe, séduisante et dangereusement ambiguë. C’est donc avec une certaine délectation qu’elle y plonge ses neuf interprètes dans sa dernière création En même temps. Après Débandade, qui déconstruisait sans complexe les stéréotypes liés au masculin, Olivia Grandville poursuit son approche du corps politique et puise sans réserve dans la masse d’images vidéo qui circulent sur les réseaux sociaux tel un vaste unisson inconscient et mondialisé. La chorégraphe s’autorise tous les registres, depuis la puissance comique de l’obsession gestuelle jusqu’à la force expressive de l’ensemble. L’enjeu est de tenir l’unisson jusqu’à ce qu’il craque de lui-même et se délite, par ko.

Création / coproduction Espaces Pluriels
L’audiodescription est produite par l’OARA et menée par Enora Rivière

Chorégraphie Olivia Grandville en collaboration avec les interprètes Claire Audrain, Yu Hsuan Chang, Emma Delvac, Sarah Deppe, Martín Gil Enrique, Mai Ishiwata, Théo Le Bruman, François Malbranque, Simon Tanguy / Musique originale Benoît de Villeneuve et Benjamin Morando / Création lumières Yves Godin / Scénographie James Brandily / Création vidéo César Vayssié / Costumes Marion Régnier / Assistanat à la chorégraphie Matthieu Patarozzi et Elsy Robert / Regard extérieur Magali Caillet Cajan / Collecte d’extraits chorégraphiques / Documentation numérique Anka Postic / Crédit photo César Vayssié

Production

Production Mille Plateaux - CCN La Rochelle. Coproduction Le Lieu Unique - scène nationale de Nantes, Charleroi danse - centre chorégraphique de Wallonie Bruxelles, Bonlieu
 scène nationale d’Annecy, CND - Centre national de la danse, Espaces Pluriels Pau Scène conventionnée d’intérêt national Art et création - Danse, La Manufacture - CDCN Bordeaux-La Rochelle, La Coursive - scène nationale de La Rochelle. Avec le soutien de la MC93 Maison de la Culture de Seine- Saint-Denis Bobigny, Compagnie DCA / La Chaufferie, l’OARA.

Cette pièce impertinente portée par neuf interprètes survoltés explore avec humour l’ambivalence des danses de masse et des unissons bien réglés. Un défi chorégraphique inventif qui met en balance fantasme individualiste et utopie communautaire.

S’il y a quelques années encore les grands ensembles à l’unisson semblaient, au mieux, une forme éculée ou une facilité, au pire, un mode de dressage politique, leur usage chorégraphique est aujourd’hui totalement décomplexé. Synonyme d’unité, de partage, de joie commune, les danses de groupe sont en vue. Pour Olivia Grandville, actuelle directrice de Mille Plateaux, le Centre Chorégraphique National de La Rochelle, la synchronie est à la fois complexe, séduisante et dangereusement ambiguë. C’est donc avec une certaine délectation qu’elle y plonge ses neuf interprètes dans sa dernière création En même temps. Après Débandade, qui déconstruisait sans complexe les stéréotypes liés au masculin, Olivia Grandville poursuit son approche du corps politique et puise sans réserve dans la masse d’images vidéo qui circulent sur les réseaux sociaux tel un vaste unisson inconscient et mondialisé. La chorégraphe s’autorise tous les registres, depuis la puissance comique de l’obsession gestuelle jusqu’à la force expressive de l’ensemble. L’enjeu est de tenir l’unisson jusqu’à ce qu’il craque de lui-même et se délite, par ko.

DISTRIBUTION

Chorégraphie Olivia Grandville en collaboration avec les interprètes Claire Audrain, Yu Hsuan Chang, Emma Delvac, Sarah Deppe, Martín Gil Enrique, Mai Ishiwata, Théo Le Bruman, François Malbranque, Simon Tanguy / Musique originale Benoît de Villeneuve et Benjamin Morando / Création lumières Yves Godin / Scénographie James Brandily / Création vidéo César Vayssié / Costumes Marion Régnier / Assistanat à la chorégraphie Matthieu Patarozzi et Elsy Robert / Regard extérieur Magali Caillet Cajan / Collecte d’extraits chorégraphiques / Documentation numérique Anka Postic / Crédit photo César Vayssié

 

Echauffement collectif

avec Olivia Grandville
mercredi 24 novembre 18h30
Le Foirail

Et si le spectacle se prolongeait autrement ? Cette saison encore, des moments festifs et conviviaux prennent le relais de la représentation pour nous retrouver ensemble en extérieur dans la ville, sur le parvis, sur le plateau, ou dans la coupole du Foirail, en bref, autant d’espaces à investir lors de bals ou de dj sets. Pensés avec les artistes, ces moments sont autant d’invitations à nous retrouver, à échanger… et surtout à danser. Donnez libre cours à votre envie de bouger !

Stage danse

autour de En même temps
dimanche 22 novembre 10h-12h30 et 13h30-16h
Théâtre Saragosse

tous publics – tarif plein 60€, réduit 35€ + 18€ pour le spectacle
achetez vos places

Pour rencontrer les artistes, comprendre leur démarche de création, traverser de nouvelles expériences ou simplement passer un moment ensemble… rien de tel que de faire, alors rejoignez-nous !

À partir des recherches menées par Olivia Grandville dans En même temps, François Malbranque propose un stage autour des notions de groupe, d’écoute et de synchronisation du mouvement. Comment danser ensemble tout en préservant sa singularité ? Comment un corps trouve-t-il sa place au sein d’un collectif ?

À travers des exercices d’improvisation, de composition et d’exploration du mouvement, les participant·es seront invité·es à expérimenter différentes formes d’unisson, de décalage et de relation aux autres. Un temps de pratique pour explorer la richesse d’un corps collectif, entre précision, attention et liberté.

 

Olivia Grandville

Formée à l’Opéra de Paris (elle y danse de 1981 à 1988), Olivia Grandville s’oriente très vite vers la danse contemporaine. Entre 1983 et 1988, elle a l’opportunité de traverser, outre le répertoire classique, des œuvres de Balanchine, Limon, Cunningham, de participer aux créations de Alvin Ailey, Karole Armitage, Maguy Marin, Dominique Bagouet, Bob Wilson... Elle rejoint la compagnie de Dominique Bagouet en 1988, et s’imprègne de son écriture virtuose, précise et teintée d’humour. A la mort du chorégraphe en 1992, elle co-fonde, avec plusieurs interprètes de la compagnie, Les Carnets Bagouet qui s’est donné pour but de conserver et transmettre l’héritage de ce chorégraphe.

Chorégraphe, elle ose mêler les disciplines ou s’attaquer à des sujets denses et complexes, parfois clivants, comme le lettrisme et Isidore Isou dans Le Cabaret discrépant en 2011, l’écriture complexe des Ryoanji de John Cage qu’elle met en danse en 2012 ou l’hommage qu’elle rend à la culture amérindienne à travers À l’Ouest en 2018.

Aussi habituée aux soli, à l’instar du Grand jeu , dialogue avec le cinéma de John Cassavetes, qu’aux pièces pour de grands groupes, comme Foules en 2015, qui mobilisait une centaine d’amateurs, elle tisse toujours des liens étroits entre texte et chorégraphie. Plusieurs de ses spectacles ont une relation directe avec la littérature : L’Invité mystère (2014), à partir d’un texte de Grégoire Bouillier, Toute ressemblance ou similitude (2015) basé sur un texte d’Aurore Jacob ou La guerre des pauvres (2021), adapté du roman d’Éric Vuillard. La parole fait souvent irruption directement dans ses pièces Klein (2020), basée sur la conférence “Le dépassement de la problématique de l’art”, d’Yves Klein ou Débandade (2021), qui livre les récits de sept jeunes hommes pour exprimer leur rapport à la masculinité.

Elle mène des projets de grande ampleur, notamment Jour de colère (2019), pour le Ballet de Lorraine et débute une recherche autour des utopies, qui deviendra la création Nous vaincrons les maléfices (2020).

Elle est artiste associée du lieu unique, scène nationale, de 2017 à 2022. En 2022, elle prend la direction du CCN de La Rochelle, qu’elle rebaptise Mille Plateaux. La chorégraphe y insuffle son goût pour le polymorphisme de la danse, à l’image de son parcours. Elle crée en 2024, l’UMAA, l’unité Mobile d’Action Artistique, une œuvre itinérante, sérielle et pluridisciplinaire, activée à plusieurs reprises sur la saison 24-25 dans le cadre de Transforme, le festival de la Fondation d’entreprise Hermès.

Sur En même temps

Dans En même temps, Olivia Grandville utilise une formule aussi célèbre que creuse pour mettre un pavé dans la mare des spectacles – aussi réussis soient-ils– qui occupent les plateaux d’aujourd’hui, et leur côté idéologiquement contestable.

Intelligent et drôle, tout commence par Simon Tanguy en M. Loyal qui présente la danse : « des œuvres qui n’ont besoin d’aucun verbe pour s’exprimer » et une citation d’Albrecht Knust en 1934 à Nuremberg pour décrire la danse et l’unisson : « Une communauté joyeuse et ordonnée » où « Chacun devient une pure certitude, le danseur devient le groupe et le groupe, c’est lui ». Knust. ? On tend l’oreille. Celui qui a participé à l’embrigadement des corps sous le. IIIe Reich, et préparé les. JO de 1936 avec Rudolf von Laban avant que Goebbels ne change d’avis ? La phrase prend soudain tout son sens.

Quand le spectacle commence, une danseuse compte jusqu’à 8 en chinois, et bientôt arrivent ses huit comparses, en tenues de bain blanc et noir améliorées, lunettes de natation comprises, genre années 30. Cette fois ils comptent en chœur et en anglais, petit rappel à Einstein on the Beach de Phil Glass. Les danseurs et danseuses se tiennent par la main et avancent de profil en levant haut les genoux, double clin d’œil aux files interminables de femmes en mouvement de Busby Berkeley, et aux images des chorégraphes allemands pionniers de l’expressionisme et de la danse chorale inventée à Monte-Verita.

Bientôt, les voilà en proie à toutes sortes d’unissons, aussi irrésistibles les uns que les autres : mouvements gymniques ou militaires têtes alignées, pionniers soviétiques, poses de Wilis et descente des Ombres de La Bayadère, en passant par les bras du corps de ballet du Lac des cygnes, natation synchronisée, bien sûr, allures de chevaux, gestuelle de rave…. Tout y passe. Les corps portent beau. Fiers de leurs ensembles tirés au cordeau, même si à la longue et en même temps, le bel accord entre eux commence parfois à s’effriter. Il suffit d’un rien, comme ces bandanas rouges pour faire surgir des gestes de lutte, des figures révolutionnaires qui cherchent leur maître, tout comme ces « petits chiens » qui défilent à quatre pattes. S’ensuivent des danses sociales, des mouvements quotidiens du genre bêcher, pelleter, creuser ou sautiller, des capes jaune et noir vite enfilées qui évoquent des groupes de randonneurs qui se transforment en jupes virevoltant en mesure, toujours sur un rythme binaire et entraînant. Soudain, le mur mobile qui barrait la scène et servait de décor se retourne et découvre un vestiaire ou un magasin branché, comme une allusion à ces modes hyper éphémères boostées par la mondialisation et les réseaux sociaux. Enfin, changement de costume avec des peignoirs rouge et des gants de ménage bleu très graphiques assortis d’un bas masquant les visages (petit détour vers Marlene Monteiro Freitas ?). La gestuelle se joue alors d’arrêts sur images et d’un dynamisme stroboscopé, rapide, intrigant.

[...] Comment Olivia Grandville a-t-elle su déjouer les pièges que lui tendait cette prise de position qui, « en même temps » montrait et valorisait ce qu’elle dénonçait ? D’abord par un léger décalage dans l’interprétation des danseurs et danseuses qui ont su faire passer un certain deuxième degré, notamment par les expressions de leurs visages, mais aussi , sporadiquement, dans l’affaiblissement du rythme. Mais aussi par la chorégraphie qui fait entrer peu à peu des modèles de moins en moins transfiguré (disons, pour faire vite, de Giselle aux coups de pelles) dans sa gestuelle. Et surtout par sa fin. Car, après le film de César Vayssié, sous l’effet des lumières subtiles d’Yves Godin, le ciel s’assombrit, un solo d’homme dégingandé dessine une sorte d’hommage à Dominique Bagouet, et partant à une écriture fine et délicate qui n’évite pas pour autant de convoquer le sens. Les danseurs entrent un par un sur scène, silencieux comme des ombres . Il va falloir réapprendre à danser seul et lâcher les gestes appris. Il va falloir apprendre à être libre. Vaste programme et belle promesse pour les danses à venir…

dansercanalhistorique.fr, Agnès Izrine, le 28 juin 2026.

Note d’intention

Synonymes d’unité, de partage, de joie commune, voire de transe, associées à la recherche d’un « vivre-ensemble » si convoité dans ces temps de fracture sociale, les danses à l’unisson sont aujourd’hui très présentes, que ce soit sur les plateaux de danse, les réseaux sociaux ou dans l’espace public. Les projets participatifs à grande échelle se multiplient : 100, 300, 1 000 participants. Grâce à Internet, les danses deviennent « virales » et se diffractent à l’infini. À cela s’ajoute la frontalité générée par l’écran et l’effet « selfie » qui y règne en maître.

L’unisson est entré dans l’ère 2.0, l’ère du « mème ». Que nous raconte cette puissance d’adhésion que génère la synchronicité du groupe ? Si, entre les assemblées totalitaires des chorégraphies de masse et la concorde joyeuse des Fest-noz, il y a autant de différence qu’entre le fait de partager un rythme commun et celui de scander une cadence, ils ont cependant en commun de se vouloir des événements festifs et populaires, qui embarquent les individus dans une exaltation collective à laquelle ils ne peuvent résister.

Partant du postulat que l’unisson en danse est une forme suspecte, séduisante mais dangereusement ambiguë, j’ai eu envie de mener l’enquête : traverser les styles, en user les vieilles ficelles, le tenir une heure durant, sans échappatoire, jusqu’à ce qu’il se délite de lui-même, par KO.

Olivia Grandville

ESPACES PLURIELS PAU
SCÈNE CONVENTIONNÉE D'INTÉRÊT
NATIONAL ART ET CRÉATION DANSE
17 AVENUE DE SARAGOSSE
64000 PAU