Les Imprudents
Théâtre / MARDI 8 ET MERCREDI 9 NOVEMBRE 20H  / Théâtre Saragosse
1H30 / TARIF B

Dans une pièce kaléidoscope, toute en contrepoints et en digressions, Isabelle Lafon compose un vivant et passionnant portrait en creux de la Marguerite Duras des années 1960, personnage hors normes, libre et curieuse des autres. Après Anna Akmatova, Monique Wittig et Virginia Woolf, toutes femmes de lettres et de courage, éprises de liberté, c’est à la « Scandaleuse » que la comédienne et metteuse en scène dédie sa dernière pièce. En compagnie de deux complices, Johanna Korthals Altes et Pierre-Félix Gravière, et de sa chienne Margo, elle tâtonne, questionne, improvise autour d’une grande table jonchée de textes, d’archives, d’interviews. Ensemble, ils se lancent sur les traces de cette Duras militante et journaliste qui va à la rencontre d’anonymes, une strip-teaseuse, des enfants sans foyers, pour une émission de télévision. Une Duras qui part lire de la poésie à des mineurs et à leurs femmes dans une bibliothèque du Pas-de- Calais ou anime le groupe politique de la rue Saint-Benoît… Les trois comédiens jonglent imprudemment et impudemment avec les textes, les moments de vie, improvisent à vue pour esquisser tour à tour les nombreux personnages croisés. Isabelle Lafon s’autorise jusqu’au plaisir insolent de convoquer sur scène le fantôme de l’auteure. Elle se promène à sa guise dans la vie de Marguerite Duras, sans la sanctuariser. Le public se laisse porter par la fraîcheur de cette pièce drôle et intime, qui dialogue entre matériau littéraire et humain : un hommage à la vibration de l’être.

D’après Marguerite Duras — Mise en scène Isabelle Lafon — Avec Pierre-Félix Gravière, Johanna Korthals Altes, Isabelle Lafon et Margo — Lumière Laurent Schneegans — Assistante à la mise en scène Jézabel d’Alexis — Crédit photos Marie Clauzade
PRODUCTION

Production Compagnie Les Merveilleuses. Coproduction Le Printemps des Comédiens, La Colline - Théâtre national, Théâtre Dijon- Bourgogne Centre Dramatique National, Compagnie Les Merveilleuses. La compagnie Les Merveilleuses est conventionnée par le Ministère de la Culture - DRAC Ile-de-France.

Dans une pièce kaléidoscope, toute en contrepoints et en digressions, Isabelle Lafon compose un vivant et passionnant portrait en creux de la Marguerite Duras des années 1960, personnage hors normes, libre et curieuse des autres. Après Anna Akmatova, Monique Wittig et Virginia Woolf, toutes femmes de lettres et de courage, éprises de liberté, c’est à la « Scandaleuse » que la comédienne et metteuse en scène dédie sa dernière pièce. En compagnie de deux complices, Johanna Korthals Altes et Pierre-Félix Gravière, et de sa chienne Margo, elle tâtonne, questionne, improvise autour d’une grande table jonchée de textes, d’archives, d’interviews. Ensemble, ils se lancent sur les traces de cette Duras militante et journaliste qui va à la rencontre d’anonymes, une strip-teaseuse, des enfants sans foyers, pour une émission de télévision. Une Duras qui part lire de la poésie à des mineurs et à leurs femmes dans une bibliothèque du Pas-de- Calais ou anime le groupe politique de la rue Saint-Benoît… Les trois comédiens jonglent imprudemment et impudemment avec les textes, les moments de vie, improvisent à vue pour esquisser tour à tour les nombreux personnages croisés. Isabelle Lafon s’autorise jusqu’au plaisir insolent de convoquer sur scène le fantôme de l’auteure. Elle se promène à sa guise dans la vie de Marguerite Duras, sans la sanctuariser. Le public se laisse porter par la fraîcheur de cette pièce drôle et intime, qui dialogue entre matériau littéraire et humain : un hommage à la vibration de l’être.

DISTRIBUTION

D’après Marguerite Duras — Mise en scène Isabelle Lafon — Avec Pierre-Félix Gravière, Johanna Korthals Altes, Isabelle Lafon et Margo — Lumière Laurent Schneegans — Assistante à la mise en scène Jézabel d’Alexis — Crédit photos Marie Clauzade

 
INSTANTS PLURIELS
Isabelle Lafon
STAGE THÉÂTRE
DIMANCHE 06 NOVEMBRE 14H-17H
LUNDI 07 NOVEMBRE 18H30-21H30
Théâtre Saragosse

Férue d’écriture et de littérature, Isabelle Lafon a réalisé et mis en scène de nombreuses adaptations : La Marquise de M*** d’après Crébillon fils, Igishanga d’après Dans le nu de la vie de Jean Hatzfeld, Journal d’une autre d’après Notes sur Akhmatova de Lydia Tchoukovskaïa, Une Mouette d’après La Mouette de Tchekhov. Depuis, elle a créé Deux ampoules sur cinq, Nous demeurons et L’Opoponax de Monique Wittig, Let me try d’après le journal de Virginia Woolf. Enfin, elle a mis en scène, en janvier 2019, Bérénice de Racine au Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis et créé Vues Lumière en mai 2019 au Théâtre national de La Colline. Également pédagogue, elle dirige de nombreux ateliers auprès de publics amateurs et professionnels, notamment à l’école du Théâtre national de Bretagne, à l’Académie Fratellini ou encore à La Maison des Métallos et au Conservatoire National supérieur d’Art Dramatique de Paris. En lien avec sa dernière création Les Imprudents, elle propose un stage de pratique théâtrale.

Tous publics. Tarif plein 60€ / réduit 35€ + adhésion.
Une place pour Les Imprudents incluse dans le stage.

 

Isabelle Lafon
Formée aux ateliers de Madeleine Marion, Isabelle Lafon a joué dernièrement dans Mort prématurée d’un chanteur solitaire dans la force de l’âge de Wajdi Mouawad. Précédemment, elle a travaillé sous la direction de Marie Piemontese, Chantal Morel, Guy-Pierre Couleau, Alain Ollivier, Thierry Bédard, Daniel Mesguich, Michel Cerda ainsi que Gilles Blanchard. Elle a mis en scène, adapté pour le théâtre et joué dans chacun de ses spectacles : La Marquise de M*** d’après Crébillon fils, puis artiste associée au Théâtre Paris-Villette : Igishanga d’après Dans le nu de la vie – récits des marais rwandais de Jean Hatzfeld, Journal d’une autre d’après Notes sur Akhmatova de Lydia Tchoukovskaïa, Une Mouette d’après La Mouette de Tchekhov. Depuis, elle a créé Deux ampoules sur cinq, Nous demeurons et L’Opoponax de Monique Wittig. En septembre 2016, Deux ampoules sur cinq, L’Opoponax et Let me try d’après le journal de Virginia Woolf ont été réunis sous le cycle Les Insoumises au Théâtre national de La Colline. Enfin, elle a mis en scène, en janvier 2019, Bérénice de Racine au Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis et créé Vues Lumière en mai 2019 au Théâtre national de La Colline. Elle a réalisé un moyen-métrage, Les Merveilleuses, sélectionné dans la catégorie fiction du festival de Pantin en 2010. Egalement pédagogue, elle dirige de nombreux ateliers auprès de publics amateurs et professionnels, notamment à l’école du Théâtre national de Bretagne, à l’Académie Fratellini ou encore à La Maison des Métallos et au Conservatoire National supérieur d’Art Dramatique où elle monte cette saison Le Misanthrope avec les élèves de troisième année.

Isabelle Lafon : éloge d’un théâtre de l’inachèvement
Quel plaisir de retrouver Isabelle Lafon et son théâtre qui doute. J’aime les gens qui doutent, chantait Anne Sylvestre qui aurait aimé Les Imprudents, le nouveau spectacle que signe cette actrice et metteuse en scène insaisissable et inclassable. Isabelle Lafon doute, ose, avance dans l’inconnu. Duras la reçoit chez elle, en amie. Aujourd’hui, avec Les Imprudents, elle effectue comme la synthèse de son parcours en partant d’une écrivaine Marguerite Duras, non de ses œuvres littéraires (un peu tout de même) mais de quelques pans de sa vie (les réunions sans fin dans l’appartement de la rue Saint-Benoît, etc.). Avant tout, elle part de ces nombreux moments où Duras est allée à la rencontre, non de célébrités (elle le fit aussi avec Platini et quelques autres) mais d’inconnus. Avec ou pas une émission (radio, télévision) à la clef. Voici Marguerite Duras en 1967 venue s’entretenir pour l’émission « lire à la veillée » avec des mineurs et des femmes de mineurs (qui n’ont pas lu Duras pour la plupart) dans une bibliothèque installée au bord de la fosse 4 du bassin minier de Harnes dans le Pas-de-Calais. Une bibliothèque autogérée ouverte le soir de 18 à 21h, très fréquentée. Isabelle Lafon trouve un écho à sa façon de travailler dans celle dont se présente Duras non comme sachante propageant son savoir mais comme une personne dans l’écoute de l’autre et prompte au dialogue. Les trois compères jouent tous les rôles. Et le jeu continue entre eux, asticotés par les propos de Duras et de ceux qui fréquentent la bibliothèque. Chacun a des choses à dire et il en va de même pour Johanna, Pierre-Félix et Isabelle. Tout s’imbrique. Parfois Johanna se lève et va jouer au piano quelques accords de la musique d’India Song. Le spectacle se construit ainsi par accumulations et articulations d’éléments disparates dont on peut penser que le choix et l’ordonnance varie chaque soir. L’important, c’est de ne pas sombrer dans la norme de la répétition, dans le théâââtre. Quand Isabelle Lafon dit que la représentation « devrait s’approcher d’une très belle répétition », il faut comprendre qu’elle souhaite que chaque représentation soit unique, avec des moments qui n’appartiennent qu’à elle. L’important, c’est de rester dans l’intensité du moment présent, dans le qui-vive. Pierre Dumayet (l’un des créateurs à la télévision de l’émission pionnière « Lectures pour tous »), roi des interviewers, est ainsi interviewé chez lui par Duras, puis c’est au tour de Lolo Pigalle, une strip-teaseuse pour qui « la nudité est un uniforme » et qui dit aimer la nuit. Voici maintenant Daphné, 16 ans, la nièce de la bibliothécaire de la fosse 4, puis des enfants sans foyer. Sous le regard de Marguerite-Isabelle, Johanna et Pierre-Félix deviennent ces enfants sans pour autant les mimer, et ainsi de suite. Ces entretiens reconstitués et aux paroles respectées sont entrecoupés de moments d’improvisations. Tout cela se mêle encore une fois, semble se contaminer et varie de soir en soir. Et puis, arrive le moment d’une visite imaginaire mais comme vécue que fait Isabelle Lafon à Duras dans sa maison de Neauphle-Le-Château avec sa chienne Margo à laquelle Duras va s’adresser. Étonnant moment où le spectacle feuillette un des plus beaux livres de Marguerite Duras, Écrire (extraordinaires pages sur la solitude). Et c’est comme si Duras s’adressait à Isabelle en lui confiant un secret, disant : « Ça rend sauvage l’écriture. On rejoint une sauvagerie d’avant la vie. Et on la reconnaît toujours, c’est celle des forêts, celle ancienne comme le temps. Celle de la peur de tout, distincte et inséparable de la vie même. » C’est une telle sauvagerie que traque Isabelle Lafon dans son théâtre. Autrement dit : un théâtre libéré de toute prison formelle. Duras (Ecrire, encore) : « Ce que je reproche aux livres, en général, c’est qu’ils ne sont pas libres. Ils sont fabriqués, ils sont organisés, réglementés, conformes. » Les Imprudents est un spectacle libre.
Médiapart, le blog de Jean Pierre Thibaudat, 21/06/2021

Dans Les Imprudents, Isabelle Lafon opère avec Marguerite Duras comme elle l’a fait auparavant avec Anna Akmatova, Monique Wittig et Virginia Woolf dans son triptyque Les Insoumises, avec La Mouette de Tchékhov ou encore de Bérénice de Racine. Entre les mots d’auteurs – souvent des femmes – plus ou moins connus, elle se fraie des chemins de traverse. Dans les œuvres qu’elle choisit pour l’urgence, pour la singularité qu’elle y perçoit, Isabelle Lafon se promène à sa guise, avec une liberté qui sur son passage remet l’écriture au présent, avec tous ses doutes, avec ses éclairs et ses tremblements. Elle et sa poignée de complices, toujours les mêmes ou presque – Johanna Korthals Altes, qui est de tous ses spectacles, Marie Piemontese, Karyll Elgrichi et Pierre-Félix Gravière, le plus nouveau venu – sont à leur manière des fauteurs de troubles, des imprudents.
C’est accompagnée de Johanna Korthals Altes et de Pierre-Félix Gravière qu’Isabelle Lafon entre dans la constellation Duras. En fine baroudeuse, elle s’y embarque par un accès presque oublié, caché par les grandes œuvres de l’auteure, par la figure publique qu’elle devient assez rapidement. Grâce à des livres, et surtout à des archives éparpillées sur une table qui trône seule sur un plateau nu, l’artiste d’aujourd’hui se lance sur les traces de celle des années 1960. Déjà auteure d’une dizaine de livres depuis Les Impudents en 1943, auquel Isabelle a rajouté une lettre qui change tout, la Duras dont il est question dans Les Imprudents est selon la metteure en scène « plus libre et généreuse » qu’à n’importe quelle autre période de sa vie. C’est là qu’elle va à la rencontre d’une strip-teaseuse, d’enfants, d’une directrice de prison pour une émission télé. C’est là encore qu’elle va lire de la poésie à des mineurs et à leurs femmes dans une bibliothèque du Pas-de-Calais, et qu’elle intègre le groupe politique de la rue Saint-Benoît…
Cette Duras-là aurait très bien pu s’inviter dans le centre social de Vues Lumière (2019), où Isabelle Lafon pratiquait pour la première fois avec ses comédiens l’écriture de plateau afin de donner à voir la naissance d’un « Atelier sans animateur, un atelier pour s’instruire, pour apprendre » dédié au cinéma. Elle y aurait projeté son film Le Camion peut-être, et en aurait discuté avec la mécanicienne Fonfon incarnée par Isabelle Lafon, avec l’ouvrière paysagiste Georges (Johanna Korthals Altes) ou encore avec le veilleur de nuit Martin (Pierre-Félix Gravière), dont les réflexions sur le 7ème art n’ont rien à envier dans leur subtilité avec bien des spéculations d’initiés. Comme dans cette pièce où Les Merveilleuses affirmaient leur désir déjà ancien de créer des liens entre des univers éloignés, c’est non pas à l’artiste que donne la parole Les Imprudents, mais à ceux qui en côtoient les œuvres, à ceux qui en croisent le chemin. À commencer par les trois comédiens et co-auteurs du spectacle, qui mettent en scène leur propre dialogue avec une Duras qu’ils ne se privent pas de fantasmer, d’arranger à leur façon vive, passionnément trébuchante.
Isabelle ne tient par Marguerite Duras en laisse. Contrairement à sa chienne Margo, dont les indisciplines et les originalités volent très régulièrement la vedette à l’auteure, qui n’est présente sur scène que par l’entremise de différentes personnes qui l’ont rencontrée. Paroler de Margo, pour Isabelle Lafon, est une manière de dire, très concrètement, avec son habituelle naïveté très élégante et élaborée, qu’entre la vie et la littérature il n’y a de différence que dans la forme. Non dans l’importance, dans la profondeur. Presque autant que dans Duras, Isabelle creuse ainsi dans Margo. « Il y a Margo dedans et il y a Margo dehors. Et Margo dedans c’est une sorte de petit cheval tout délicat, un petit pur-sang, qui est douce et qui se réveille la nuit et Margo dehors c’est une bombe, c’est un puma, elle part et toute la question est qu’elle revienne », dit-elle par exemple, dans une logorrhée jamais semblable d’une représentation à l’autre, avec un emportement pareil à celui de Johanna et Pierre-Félix lorsqu’ils se font mineur, enfant ou encore journaliste. Les comédiens ne s’effacent jamais derrière les personnes dont ils portent tour à tour les mots, les témoignages de leur surprise et de leur joie face à une Duras méconnue. Ils sont « toujours comme en plein jour ». Autant que la personnalité de l’auteure et sa pensée en action, c’est donc la leur qui est au cœur des Imprudents, d’une manière plus explicite, plus assumée encore que dans les pièces précédentes d’Isabelle Lafon. Ce dialogue entre les acteurs et le matériau littéraire et humain qu’ils explorent fait théâtre avec une simplicité extraordinaire.
Anaïs Heluin, sceneweb.fr, 21/06/2021

Sur la grande table il y a des textes retranscrits à partir d’archives datant des années 60. Archives télévisuelles, archives d’interviews avec Marguerite Duras non pas questionnée mais questionneuse. La productrice de l’émission de télévision Dim Dam Dom demande à Marguerite Duras de faire des reportages. Elle va, entre autres, interviewer une directrice de prison, une stripteaseuse, des enfants, un dompteur de fauve entre autres. Il y aura aussi la retranscription d’une mission de France Culture de 1967, on y suit la rencontre dans une bibliothèque entre Marguerite Duras et des mineurs et femmes de mineurs. Cela se passe à Harnes dans le Pas de Calais, elle y lit des textes d’Henri Michaux, Francis Ponge, Aimé Césaire. Aura lieu une magnifique discussion entre « elle » et « eux ».
Un peu à part, des textes autour du « groupe de la rue Saint-Benoît. » Ils se réunissaient au domicile de Marguerite Duras depuis la guerre, Robert Antelme, Dionys Mascolo, Edgar Morin, Claude Roy, Maurice Nadeau et bien d’autres. Nous partons donc de ces années-là et de cette Duras-là, une Duras qu’on connaît moins, celle qui inlassablement pose les questions. Dans le cadre elle est de dos, et bien sûr la fumée de sa cigarette.
Théâtre d’archives alors ? Non sûrement pas ! Il s’agit avec les comédiens de travailler à partir des archives,d’improviser. Inventer le vrai. Imaginer ce qu’ont retenu ces personnes de leur rencontre avec Marguerite Duras. Faire revivre ces anonymes, tous ces personnages, André Fontaine, mineur ; Liliane Kupscak employée à la cafétéria de la mine ; Lolo Pigalle, stripteaseuse ; Pierre Dumayet, journaliste ; Suzanne Langlet, bibliothécaire à Harnes ; Daphné Langlet, lycéenne, Dionys Mascolo, Claude Roy etc. Ceux qui ont vraiment existé et ceux que nous avons inventés... C’est vertigineux de penser représenter Marguerite Duras par le biais des personnes qui furent interviewées par elle. Elle qui d’une certaine façon envahit tout avec sa liberté brutale parfois. Elle dont la pensée, l’œuvre ne tiennent pas en place, et ne s’installent jamais. On y entend murmure, fulgurance, discussion, solitude, transparence et rire. Il faut être happée par Duras, ravie par elle mais surtout ne pas vouloir tout en dire.
J’ai découvert des mois après avoir décidé de travailler sur ces années 60, une dédicace de Marguerite Duras à l’intention de Pierre Dumayet qui l’avait interviewé sur son livre « Le ravissement de Lol V. Stein », en 1964. Elle est âgée et elle dit qu’elle aimerait revoir cet interview d’il y a vingt-cinq ans ainsi que les émissions qu’elle a faites, ce qu’elle nomme « la première partie de son travail ». Nous ne savions pas que d’une certaine façon nous répondions à ce souhait. Nous sommes trois, Johanna, Pierre Félix et moi-même, le trio où, toujours, l’un regarde les deux autres. Je pense à Lol V. Stein qui regarde son fiancé s’éprendre d’une autre, au bal de leurs fiançailles.
Nous nous sommes dits que nous serions toujours comme en plein jour, à vue et que le spectacle devrait s’approcher d’une très belle répétition. Qu’il fallait accepter qu’il ne soit jamais fini. Le scandale, ça serait le scandale, discret, intime, de chacun d’entre nous et peut-être d’une position de mise en scène. Une explosion discrète... Nous nous sommes dits en riant qu’à force de parler des personnes qui ont été interviewées par Marguerite Duras, elle finirait par arriver, par apparaître, par nous parler de cette chose devant laquelle elle se trouve : l’écriture « sèche nue », cette chose qui rend « sauvage », qui terrifie et sauve, qui doit se refaire à chaque livre, comme ignorée du précédent, cette chose « qui se fait en vous, en dehors de vous, en deçà de toute volonté de faire ». Et puis Margo aussi écouterait. C’est ma chienne. Elle a dix mois, elle est impétueuse et douce, a envie de tout.
Isabelle Lafon