Sujet apparemment banal qui
mérite cependant qu’on s’arrête
quelques instants pour se
demander comment on la regarde.
Pour les spectateurs, il ne s’agit
pas de chercher des clés de
lecture qui donneraient accès à la
compréhension de logiques qui ne
sont pas forcément les nôtres.
Pina Bausch, par exemple, ne
raconte pas d’histoires. Elle répète
indéfiniment le geste jusqu’à
son épuisement. C’est tout,
mais c’est immense.
Il faut donc suggérer une autre façon
de regarder la danse qui mobilise
notre regard dans la spatialité,
celle-là même qui en constitue
l’un de ses fondements. Mais aussi
dans le détail du geste qui participe
à la composition du mouvement,
sans avoir à nous demander, une
fois le spectacle terminé, ce qu’il
y avait à comprendre. Car, au bout
du compte, le mouvement ne sera
jamais conforme à ce que l’on
attendait. Promener son regard
partout et simultanément dans
tous les endroits et tous les temps
du plateau et du corps – y compris
ceux où il ne se passe apparemment
rien –, cela ouvre notre intelligence
à une conscience aiguë qui déplace
notre perception en un endroit où le
geste devient inaliénable.
Finalement, voir la danse ne
consisterait-il pas à mettre tous nos
sens en éveil, et pas seulement la
vue ? Nous serions alors surpris de
l’état de réceptivité peu ordinaire
dans lequel nous nous trouverions,
une fois passée l’émotion. Daniel
Dobbels suggère que « la danse soit
vue deux fois ». Ce qui revient
à dire qu’il faut la regarder une
fois, revisiter ce qu’il en reste,
et y construire secrètement notre
propre parcours.
Qu’est-ce que je vois dans la danse ?
Comment je la regarde ? Qu’est-ce
que j’y investis ?
Cela implique, côté spectateurs,
une présence active. Et du côté
des chorégraphes, cela suppose
une longue ascèse qui traverse des
tentatives de construction, des états
de déconstruction, ou d’abandon
de ce que l’on a trop bien construit.
C’est seulement une fois franchie
cette étape que le chorégraphe peut
chercher pourquoi il va danser et
ce qu’il va transmettre. Sans doute
livrera-t-il quelque chose qui ne
lui appartiendra plus.
Michel Vincenot
EN PRATIQUE
• Inscription obligatoire : 05 59 84 11 93 - secretariat@espacespluriels.fr
• Le colloque est gratuit, ainsi que le spectacle Two de Kirsten Debrock le 23 novembre à 16h15 (pour les participants au colloque).
• Le spectacle My absence of... de Kirsten Debrock : gratuit pour les programmateurs et les compagnies.
• Le spectacle Lang de Kat Valastur : gratuit pour les programmateurs et les compagnies.
• Buffet offert pour les participants au colloque sur inscription obligatoire.