SANS TITRE

Solo chorégraphié et dansé par Sophie LAMARCHE
St Ouen
27 mars 2007

Il y a comme ça des petites perles insoupçonnées qui méritent qu’on s’arrête un instant.

Un fauteuil, une longue robe bleue, comme ses yeux, et un très joli solo de 17’ chorégraphié et dansé par Sophie Lamarche.

Elle vient de Normandie. Elle est discrète comme une petite souris, sensible et singulière.
Sa singularité tient à son vocabulaire gestuel et à son mouvement, joliment dessinés et dansés dans une vérité touchante. Le regard en l’air et le doigt sur la bouche, elle écrit des signes avec son corps, comme si elle avait à nous dire le secret de son histoire. Le titre de son solo Sans titre est à cet égard révélateur.

Son histoire à elle, c’est sans doute l’expérience d’un passage douloureux, éclaté, dont elle refait le trajet pour en recoller les morceaux épars. Les mouvements désordonnés, saccadés vibrent dans toutes les dimensions et se transmettent comme une onde. En-avant, en arrière et sur le côté, elle joue avec la vitesse et la fluidité de son corps, toujours tenu, dont elle cherche la cohérence.

Une marche sur le côté - en appui sur une cheville pliée - ou une lente avancée en tension sur les doigts de pieds jusqu’à l’extrémité de l’extension, disent l’univers subtil et attachant de Sophie Lamarche. Elle est une sorte d’extra-terrestre, entre ciel et terre, débarquée de l’intimité, la sienne sans doute, dont elle parle avec des mots directs et évocateurs, parfois en demi-teinte, parfois dans l’urgence du désarroi d’un corps qui tente sa propre reconstruction.

A mi-hauteur, puis debout, son regard effrayé laisse échapper un sourire paradoxal qui joue sur l’ambiguïté de l’effroi et de la tendresse partagés. Cette ambiguïté humaine est en effet paradoxale. D’une chute sur les fesses en petites frappes à l’intérieur des cuisses, Sophie Lamarche range ses pieds sous sa robe. Instinct de protection que les enfants recherchent en se lovant sur eux-mêmes.

De dos, elle avance à genoux, l’index dressé en l’air, et refait en amont le chemin de sa mémoire lointaine ou proche, pour y trouver la source de quelque chose qui n’existe pas encore ?
Sans doute une douleur a-t-elle précédé cette danse. Sophie Lamarche en porte le poids et l’élégance.

4 juillet 2007 - Michel Vincenot
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DANSE / PAU
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