La Fiesta
Danse LUNDI 19 MARS 20H30 / Le Parvis - Tarbes
1H30 / TARIF A

Le flamboyant chorégraphe sévillan Israel Galván, qui a développé une vision très hétérodoxe et théâtrale de la danse flamenca, a l’art d’aller où personne ne l’attend. Avec son enthousiasme pour le partage, l’échange et le renouveau, la star du flamenco contemporain se lance aujourd’hui dans une aventure collective. Ce nouveau projet se place dans la continuité de deux expériences : Torobaka (2014), duo avec Akram Khan, et Solo (2007), qui mettait l’artiste à nu, sans autre accompagnement que les sons de la ville. Pour La Fiesta, Israel Galván réunit autour de lui neuf danseurs et musiciens atypiques pour explorer des territoires inconnus et faire régner sur le plateau un esprit de fête. Certains des artistes qui l’accompagnent sont issus du flamenco. D’autres, formés ailleurs, sont tout simplement « flamencos » par essence. Ensemble, ils forment un cercle où chacun a sa place mais où tous ne font qu’un. Ils nous entraînent dans une fête lucide et crue de regards, de mots, de chants, de saluts, de danses... « Il y a […] ce que moi je vois dans les fêtes. Pas le centre d’attention, le noyau du chant et de la danse et tout le bruit qui va avec. Ce sont plutôt des choses qui se perdent. Des gestes cachés. Une façon de s’asseoir. Comment une tête se dresse, attentive. Les gens qui claquent le rythme des doigts. Ou avec des battements de cils. Tout ce qui se passe derrière, pas seulement devant. Là je vois une énergie et c’est cette énergie-là que je recherche. » Israël Galvan

www.anegro.net

Concept, direction artistique et chorégraphie Israel Galván / Avec Israel Galván, Eloísa Cantón, Emilio Caracafé, El Junco, Ramón Martínez, El Niño de Elche, Minako Seki, Alia Sellami et Uchi Dramaturgie Pedro G. Romero / Dramaturgie musicale Israel Galván et El Niño de Elche / Lumière Carlos Marquerie / Mise en scène Patricia Caballero / Assistante mise en scène Balbina Parra / Régie plateau Pablo Pujol / Son Pedro León / Scénographie Peggy Housset / Direction de production et diffusion/booking générale A Negro Producciones – Cisco Casado / Crédits Photos Ruben Camacho, Matthias Leitzke & Aliaksandra Kanonchenka

+ PRODUCTIONS

Direction de production et diffusion/booking générale A Negro Producciones – Cisco Casado / Co-production (en cours) Festspielhaus – St. Pölten, Festival d’Avignon, Théâtre de la Ville de Paris Sadler’s Wells – London, Les Théâtres de la Ville de Luxembourg, Festival Movimentos – Wolfsburg, Théâtre de Nîmes – scène conventionnée pour la danse contemporaine, Teatro Central de Séville, MA Scène Nationale – Pays de Montbéliard.

Le flamboyant chorégraphe sévillan Israel Galván, qui a développé une vision très hétérodoxe et théâtrale de la danse flamenca, a l’art d’aller où personne ne l’attend. Avec son enthousiasme pour le partage, l’échange et le renouveau, la star du flamenco contemporain se lance aujourd’hui dans une aventure collective. Ce nouveau projet se place dans la continuité de deux expériences : Torobaka (2014), duo avec Akram Khan, et Solo (2007), qui mettait l’artiste à nu, sans autre accompagnement que les sons de la ville. Pour La Fiesta, Israel Galván réunit autour de lui neuf danseurs et musiciens atypiques pour explorer des territoires inconnus et faire régner sur le plateau un esprit de fête. Certains des artistes qui l’accompagnent sont issus du flamenco. D’autres, formés ailleurs, sont tout simplement « flamencos » par essence. Ensemble, ils forment un cercle où chacun a sa place mais où tous ne font qu’un. Ils nous entraînent dans une fête lucide et crue de regards, de mots, de chants, de saluts, de danses... « Il y a […] ce que moi je vois dans les fêtes. Pas le centre d’attention, le noyau du chant et de la danse et tout le bruit qui va avec. Ce sont plutôt des choses qui se perdent. Des gestes cachés. Une façon de s’asseoir. Comment une tête se dresse, attentive. Les gens qui claquent le rythme des doigts. Ou avec des battements de cils. Tout ce qui se passe derrière, pas seulement devant. Là je vois une énergie et c’est cette énergie-là que je recherche. » Israël Galvan

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DISTRIBUTION

Concept, direction artistique et chorégraphie Israel Galván / Avec Israel Galván, Eloísa Cantón, Emilio Caracafé, El Junco, Ramón Martínez, El Niño de Elche, Minako Seki, Alia Sellami et Uchi Dramaturgie Pedro G. Romero / Dramaturgie musicale Israel Galván et El Niño de Elche / Lumière Carlos Marquerie / Mise en scène Patricia Caballero / Assistante mise en scène Balbina Parra / Régie plateau Pablo Pujol / Son Pedro León / Scénographie Peggy Housset / Direction de production et diffusion/booking générale A Negro Producciones – Cisco Casado / Crédits Photos Ruben Camacho, Matthias Leitzke & Aliaksandra Kanonchenka

+ PLUS D'INFOS
BIOGRAPHIE

Israel Galván
Fils des bailaores sévillans Jose Galván et Eugenia de los Reyes, il a grandi dans une atmosphère de tablaos, fiestas et écoles de danse de flamenco, où il avait l’habitude d’accompagner son père. Mais c’est seulement en 1990 qu’il a eu l’envie de devenir danseur. En 1994, il rejoint la Compañíñía Andaluza de Danza, dirigée par Mario Maya, et c’est le début d’une carrière qui lui apportera les plus importants prix en flamenco (et) en danse. Il a collaboré avec de nombreux artistes tels que Enrique Morente, Manuel Soler, Pat Metheny, Vicente Amigo et Lagartija Nick, sur des projets de nature très différente. En 1998, Israel présente en avant-première ¡Mira ! / Los Zapatos Rojos, sa première création. Salué par la critique comme un éclair de génie, la pièce a effectivement révolutionné la conception des spectacles de flamenco. Depuis, il a présenté des productions telles que La Metamorfosis, Galvánicas, Arena, La Edad De Oro, Tábula Rasa, Solo, El Final De Este Estado De Cosas - Redux, Israel vs Los 3000, La Curva and Lo Real/Le Réel/The Real, pour lesquelles il a reçu 3 prix Max de Teatro en mai 2014 : meilleure production de danse, meilleure chorégraphie et meilleur danseur. Il a aussi créé La Francesa et Pastora pour sa soeur Pastora Galván.
Israel Galván de los Reyes a reçu le prix National de Danse 2005, dans la section « Création » de la part du département de la Culture du gouvernement espagnol pour « sa capacité à générer une nouvelle création dans un art tel que le flamenco sans oublier ses vraies racines qui en font un genre universel ». En 2012, il a été honoré par le Prix New York Bessie Performance pour une production exceptionnelle et a reçu la médaille des beaux-arts du Conseil des Ministres du gouvernement espagnol. Avec son enthousiasme pour le partage, l’échange et le renouveau, il se submerge cette fois dans la communauté, dans le corps de ballet. Après avoir dressé son corps à l’extrême, il se laisse finalement dresser par celui-ci. Il s’ouvre au terrain de l’improvisation, à d’autres façons d’être en scène et sur scène, de la vivre, de l’explorer et de l’offrir. Il s’aventure dans la dépossession de soi et de sa propre histoire, il se jette une fois de plus dans le vide à l’éternelle recherche de la Liberté. Face à ce nouvel horizon, il se livre à la décomposition du décomposé. Brisant le déjà brisé, il veut enfin révéler le personnage, se pencher joyeusement pour voir et sourire.


NOTES

Peut-on jamais commencer par la fin ? Il faudrait déjà pouvoir dire quand la fin a commencé. Metamorfosis ou Fin de este estado de cosas, les spectacles d’Israel Galvan sont toujours simultanément la fin d’un moment et sa suite, peut-être une façon, pour ce maître du compas de débuter toujours sur le dernier temps. Ce nouveau projet fait suite à deux expériences – l’une, TOROBAKA, en duo, avec Akram Khan, reposait sur les oppositions et les complémentarités – l’Andalousie et l’Inde, le taureau (lâchée) et la vache (sacrée). L’autre, Solo, mettait l’artiste à nu, à cru, à vif, sans aucun autre accompagnement que les sons d’une pièce ou d’une ville et la présence d’un public tout proche. Voici maintenant une autre idée, qui est celle de la suite, ni un début ni une fin, ni solitude, ni clan. Plutôt une tour de Babel, placée dans un terrain vague, un territoire encore à marquer ou à conquérir, où chacun essaye de parler un autre langage. Car la suite ici ne désigne plus seulement la continuité palpitante des choses, mais aussi le groupe de ceux qui acceptent de vous suivre vers un territoire encore inconnu. En réunissant autour de lui neuf danseurs et musiciens atypiques, Israel Galván se place à rebours du mouvement unique et codifié qui est l’essence du ballet. Il n’a pas cherché non plus de jeunes danseurs malléables à qui enseigner sa propre idée chorégraphique. Certains sont issus du flamenco, d’autres, formés ailleurs et autrement, sont « flamencos » par essence. Comme Groucho Marx qui refusait d’appartenir à un club qui l’accepterait comme membre, Israel Galván fédère des libertés et propose une aventure. Il ne fait donc pas école, ou plutôt, il fonde, en prenant avec joie des risques et des périls, une école nouvelle, où chacun devient son propre maître, où chacun se fait l’interprète de son propre langage, que l’autre peut apprendre ou rejeter, dont il peut épouser les accents et les sonorités, à sa façon, quelques instants. Ou pas. Ce qui est sûr, c’est que chaque danseur affecte et modifie l’autre. Va-t-on voir éclore une langue nouvelle ? Sera-t-elle un dialecte incompréhensible ou un esperanto universel ? Pour trouver un début, il faut savoir trouver la fin, et pour déterminer le point, il faut parfois chercher le contrepoint. Comme tout rayon de soleil projette une ombre, aucune fête n’a lieu sans son anti-fête, dans une cuisine, une ruelle ou un couloir, dans une marge, derrière ceux qui dansent. C’est cet anneau autour de l’astre que Galvan veut observer ici : « Pas le centre d’attention, le noyau du chant et de la danse et tout le bruit qui va avec. Ce sont plutôt des choses qui se perdent. Des gestes cachés. Une façon de s’asseoir. Comment une tête se dresse, attentive. Les gens qui claquent le rythme des doigts. Ou avec des battements de cils. Tout ce qui se passe derrière, pas seulement devant. Là je vois une énergie et c’est cette énergie là que je recherche. » Exposer ce qui ne se donne pas à voir, fonder une communauté où chacun peut faire bande à part devient le moyen d’une modeste révélation, une nouvelle façon d’accéder à une vérité intuitive et inconnue. Ce qu’on rêvait mais qu’on ne voyait pas, ce qu’on sentait mais qu’on ne savait pas.


ENTRETIEN

Il semblerait que dernièrement tu situes ta danse à un endroit bien déterminé. Tu es inlassablement disposé à donner une nouvelle tournure à ta façon d’aborder la scène. Raconte-nous ce que tu en penses.
Je crois qu’il y a aujourd’hui dans la danse flamenco des valeurs d’une grande puissance. Il y a une ligne traditionnelle, ancienne, « de musée », que je respecte et que j’admire beaucoup. Pleine de camarades énormes. D’autres, très bons artistes eux aussi, sont en train de moderniser le flamenco en y introduisant des techniques, des pas et des idées provenant de la danse théâtre, de la danse contemporaine, de cette grande créativité que l’on peut voir dans plein de festivals où les flamencos sont maintenant des habitués. Je ne saurais pas faire la différence entre le nouveau et l’ancien. Moi, je crois que je suis flamenco. Ce qui est vrai, c’est que je suis très intéressé par ce que font avec le flamenco beaucoup d’artistes, et pas seulement des danseurs ou des musiciens. Leur façon à eux de le voir. Je veux dire, quelque chose qui en étant pourtant très flamenco, tout du moins à mon sens, irriterait peut-être n’importe quel « aficionado ». Mais toutes ces idées moi elles me servent, je sais les lire et quand je les mets en scène personne ne doute du fait qu’elles sont flamencas. Cette voie où l’on ne s’arrête plus au débat de la distinction entre le plus récent et le plus ancien, le plus avant-gardiste ou le plus pur, et bien je crois que c’est sur cette voie-là que je me trouve.

Par exemple, quand tu vois danser Patricia Caballero, avec laquelle tu travailles en ce moment, ou encore Marlene Monteiro, tu exprimes souvent à quel point elles sont « flamencas ». Ce sont des danseuses qui sont, disons, de tradition contemporaine. Mais le mot « flamenco » est, dans ce cas, très précis, exact.
Bien sûr, parce que « flamenco » ça n’est pas une question de compétition, ce n’est pas un tracé qui sépare les gens en deux groupes, toi oui/toi non. « Flamenco » c’est une attitude, une manière de jouer avec le rythme et le « compás », oui, mais c’est aussi une façon d’être. Et avec la professionnalisation, on est en train de l’oublier. Il ne s’agit pas de reproduire une façon de faire ancienne ni des clichés. Beaucoup de gens se perdent dans cette tentative de paraître « flamenquito ». C’est une façon d’être, des gestes et une véritable compréhension du mouvement. C’est là. Tu les vois marcher, et s’asseoir, et parler, et tu te dis : « mais qu’elles sont flamencas ! ».

Ce que tu es en train de raconter annonce une nouvelle période de recherche, n’est-ce pas ? Tu es maintenant dans une autre étape par rapport au corps. Un de ces nombreux changements que tu as expérimentés tout au long de ta trajectoire professionnelle. Un de ces nouveaux tournants au niveau du style. La gestion de nouvelles énergies.
Oui, ce sont les choses auxquelles je m’attache en ce moment, des choses dans lesquelles je suis plongé et dont il m’est très difficile de parler. Je suis en plein dedans et je n’ai donc pas encore de recul. Je peux parler des tensions de mon corps à l’époque de La Metamorfosis ou de la violence qui le faisait bouger dans Lo Real. Mais là je suis dans autre chose. Je crois qu’il y a plus de « compás » dans ce que je fais. Que je danse en étant beaucoup plus attentif au rythme. La danse me dirige et je l’écoute. Je vois aussi que je suis dans des choses bien particulières, toutes petites et propres de moi mais à la fois universelles, qui connectent avec tout le monde, et que tout circule, tout communique. Mais comme je dis je suis au milieu du fleuve, lorsque j’en serai sorti il me sera plus facile de pouvoir en parler.

Déjà dans Lo Real tu insistais sur le besoin de danser avec des gens. Danser avec les autres. Tu l’exprimais en soulignant le désir de t’éloigner des chorégraphies de groupe, de l’utilisation théâtrale du corps de ballet et de l’accompagnement. Danser avec d’autres même en dansant seul. D’ailleurs là tu travailles en choeur, tu travailles la polyphonie.
Disons que c’est ce que l’on tente de faire. Danser avec d’autres t’affecte. Il t’arrive plein de choses différentes quand tu danses avec d’autres. Il y a une sorte de communion qui t’amène à remettre en question ta propre façon de danser, là, en ce même instant. L’idée serait d’être capable d’arriver sur les planches avec cette même énergie. Ce sentiment. Les choses t’affectent, et lorsque tu danses avec d’autres tu dois donner de nouvelles réponses. Et partir de ce point de vue. Arriver tous les jours et pouvoir faire, non pas la même chose, mais ce que tu ressens. Parce que si ça se trouve, hier tu as dansé d’une certaines façon et là, avec les autres, d’autres choses se sont passées qui t’obligent à changer, à affronter les choses d’une nouvelle manière. En plus, je n’avais pas envie de répéter le schéma habituel, ceux qui sont derrière et ceux qui sont devant, les musiciens d’un côté et les danseurs d’un autre. Là non, là on est tous ensemble.

En ce sens tu revendiques l’idée de la fête. Evidemment, en flamenco la fête est un cliché. Ça termine toujours « por fiestas ». Mais toi non, toi tu veux commencer par la fête et en rester là, non ? Il ne s’agit pas de la « fiestecita » ou des « cantes festeros » (chants festifs). C’est la fête comme célébration.
Quand on faisait El final de ese estado de cosas on avait ce type d’approche de la communauté derrière, une sorte de tribu qui va de l’avant et reste unie tout au long du spectacle comme une espèce de famille. On était là tous ensemble. D’une certaine façon ça aussi c’était une fête. Parce qu’à Séville les fêtes sont vraiment tragiques, n’est-ce pas. Mais il y a aussi ce que moi je vois dans les fêtes. Pas le centre d’attention, le noyau du chant et de la danse et tout le bruit qui va avec. Ce sont plutôt des choses qui se perdent. Des gestes cachés. Une façon de s’asseoir. Comment une tête se dresse, attentive. Les gens qui claquent le rythme des doigts. Ou avec des battements de cils. Tout ce qui se passe derrière, pas seulement devant. Là je vois une énergie et c’est cette énergie-là que je recherche. Ce truc naturel qui arrive une fois, et une autre, et une autre, de façon très rituelle et répétée, comme par vagues. Cette énergie qui vient et revient. Mais pas seul, je la cherche avec d’autres et c’est pour ça que c’est une fête. Quand tu es seul tu es seul, mais quand tu es avec des gens faire la fête (fiesta) c’est mieux.

Tu continues de chercher alors.Tu continues de t’aventurer dans l’inconnu. Beaucoup, à ta place, préfèreraient s’accommoder. C’est légitime. Il est vrai que parfois cela peut occasionner des attitudes maniérées. Cependant, toi, tu préfères te lancer dans de nouvelles choses. Non pas parce qu’elles sont nouvelles mais parce qu’elles sont inconnues.
En réalité et bien oui, je m’intéresse à ce qui n’est pas connu. Enfin, à ce que je ne connais pas. L’excitation de me lancer dans des choses où je n’ai pas toutes les cartes en main. C’est comme les nuits de Jeudi Saint à Séville, les lumières ont été éteintes, la rue est dans l’obscurité totale et quelqu’un passe à côté de toi et te frôle, ou depuis la file un pénitent que tu ne connais pas te tire sur la chemise. Là, il se passe des choses. Dans l’inconnu. Dans ce qui ne se sait pas des choses se passent, aussi. Dans l’inconnu.


PRESSE

Dans un décor minimal, le danseur prend beaucoup de risques dans cette fête nocturne très expérimentale, chaotique, où il joue avec son image de star du flamenco contemporain, loin de là où on l’attendait. Quitte à ne pas plaire à tout le monde. Ainsi, Israel Galvàn ne serait plus là où on l’attend. Dans la virtuosité époustouflante d’un oiseau-flamenco vibratile, capable d’emmener sa bande de musiciens-chanteurs dans la modernité la plus accomplie du genre (El Final de este estado de cosas, redux, à Avignon, en 2009, Lo Real/Le Réel/The Real, en 2012)... Capable d’aller à la rencontre d’autres danseurs monstres comme Akram Khan (Torobaka en 2015). Capable de fendre l’air à lui tout seul, avec son corps aiguisé, ajusté de noir (on se souvient d’une magnifique performance dans la cour sableuse de l’Agora au festival Montpellier Danse)... Lui qui s’est toujours interrogé en profondeur sur les clichés du flamenco et n’en a gardé que l’épure – au risque de fâcher les aficionados –, voilà qu’il s’amuse avec sa propre image d’artiste adulé. Il propose au public de la Cour d’honneur de vivre une expérience limite. Et une sacrée réussite artistique ! Parce qu’il y pousse loin le bouchon sans la potacherie désorganisée de Fla.Co.Men, présenté au printemps au Théâtre de la Ville. [...] Au pied du (grand) mur, Galvàn risque tout. Tables à danser, chaises, micros, une ou deux guitares : le décor est minimal. Le chanteur Niño de Elche entre au début et assoit sa rondeur sur une chaise. Il a du coffre. Il ouvre le bal par un cri suspendu et toujours renouvelé. Personne sur scène, mais un raffut métallique dans les gradins. Galvàn commence, et pas là où on l’attend… Il arrive sur scène presque à reculons, s’y traînant comme un ver, mais fesses et dos contre terre, talons frappant comme d’habitude. Tout le corps frissonnant d’un « zapateado » complet ! Autour de lui, de solides personnalités dessinent des silhouettes. Uchi en tête, petite grand-mère gitane à bottines rouges et à jupe écossaise sous le gilet noir à franges. Quand elle danse, à pas microscopiques et à voltes de mains minuscules, le flamenco surgit jusqu’aux racines. On reconnaît El Caracafé, grand maigre à la guitare qui enverra plus tard à Galvàn ses notes d’un geste dansé. Deux compères en survêtement stimulent de leurs bottes les tables de métal tels des ados prêts à en découdre. Tous se regardent tranquillement. Des pluies d’or leurs sont tombées dessus, le Tablao est fermé, les clients sont partis. Ils vont pouvoir se défier… Les séquences s’enchaînent comme autant de paris expérimentaux : manger des pop-corns, se mettre le saladier sur la tête et danser ensuite pour créer la plus curieuse des images. Chaos souvent apaisé par le chant parfois lyrique, parfois flamenco ou arabo-andalou d’Alia Sellami qui passe telle l’ombre d’une fée. Ou par le choeur de polyphonies byzantines assis au premier rang qui impose sa pause spirituelle...
Et Galvàn ? Il fait languir, passe à quatre pattes, fait glisser son pantalon jusqu’aux chevilles et se traîne à petits pas. Mise à mort du macho face à ceux qui voudraient y croire. Il a découvert ainsi ses jambes enturbannées de systèmes de contension. Plus si jeune, Galvàn... Mais toujours autant de classe dans la sincérité. C’est dans cette tenue sans phare, vêtu d’une tunique de gaze qui le rend à la fois femme et homme qu’il va aller croiser le fer avec Niño de Elche... Face à face, chacun sur leur chaise, ils s’affrontent, pince-sans-rire, dans une joute sonore vite réglée. Derrière eux est installé un carré métallique tel un clavecin renversé. Galvàn y grimpe. Le voilà debout... Il fait striduler les cordes. Et hop, il saute sur la table « classique ». En tunique et bandes velcro toujours. On retrouve la grâce des mains qui s’envolent et cisaillent, la frappe des paumes sur la poitrine ou sur les joues. Les petits cris, les invectives à soi-même. Galvàn est parti en voyage sur sa table sonore. Il donne tout, en se tenant sur le fil du rasoir. Mais ce n’est pas la transe d’autrefois. Il cherche un équilibre plus horizontal et plus terrien. « Pour pouvoir danser, il faut que je me tue un peu moi-même », a-t-il annoncé. C’est sa volonté d’explorer le langage dont il dispose qui fait de Galvàn un artiste. Et de cette soirée dans la Cour un moment fort. Même s’il demande un peu d’effort.
Télérama, Emmanuelle Bouchez, Juillet 2017.

Festival d’Avignon. Dans la cour, Israel Galván défie la mort
Le chorégraphe andalou a provoqué dans la cour d’Honneur bronca et applaudissements soutenus avec La Fiesta. Un spectacle dépouillé à l’extrême, qui oblige le spectateur à déporter son regard. La nuit porte conseil, dit-on. Il aura fallu toute une nuit pour se refaire le film du dernier spectacle d’Israel Galván, dépasser un premier sentiment de déception, de frustration, voire d’incompréhension. On s’attendait à quoi ? À du flamenco dans son jus revisité à la sauce contemporaine ? À des danseurs et des danseuses en habits de lumière ? À des musiciens, palmeros et autres chanteurs assis « en coro » comme dans une grotte du Sacromonte ? Le chorégraphe espagnol, danseur virtuose, explose la grammaire et les codes du flamenco. Une fois de plus, il est ailleurs, aux confins d’une danse tribale débarrassée de ses oripeaux, de son folklore, de ses querelles de chapelle entre anciens et modernistes. La Fiesta, dont nous parle Galván, est un morceau de bravoure, pas une provocation, non. Un geste fort, déstabilisant, inconfortable. « Pour pouvoir danser, il faut que je me tue un peu moi-même », dit-il. Rares sont les artistes qui osent ainsi se remettre en question, tenter une chorégraphie en équilibre, sur le fil, sombre. Dans la cour d’Honneur, l’excitation est à son comble avant même que ne démarre le spectacle. Les deux premiers danseurs à se présenter sur le plateau sont en survêtements. Ils portent la tenue des footballeurs, une jambe retroussée. Comme les mômes des cités-dortoirs de Séville où l’on a relégué les gitans. À leurs côtés, Uchi, dont la présence presque silencieuse évoque ces grands-mères toujours là et qui, l’air de rien, veillent au grain sur toute la marmaille. Israel Galván ne déboule pas sur scène comme un taureau de Miura. Il se manifeste tout en haut des gradins. On ne le voit pas. On l’entend faire trembler les murs. On le cherche du regard. Et soudain il est là, au pied du plateau qu’il gravit avec peine et s’effondre sur scène. Le corps ne parvient pas à se soulever mais tressaute encore. Cloué au sol, exsangue d’avoir dansé et dansé encore. Une sortie de scène. Le corps ne répond plus. Il tourne sur lui-même, glisse sur le sol, poupée de chiffon chiffonnée. Nous sommes dans les coulisses, dans ce no man’s land où les artistes se retrouvent après. C’est là que ça va se passer, que Galván nous convie. Dans un entre-deux où l’on quitte à regrets les feux de la rampe, envoûtants, pour pénétrer dans un sas de décompression. Une Fiesta comme un passage obligé, pour vider son corps des derniers rayons d’adrénaline qui l’irradient encore. Ce qui se joue alors sur le plateau est un voyage dans l’indicible, dans l’invisible. Galván a réuni danseurs, musiciens et chanteurs aux horizons lointains mais dont l’âme est flamenca. Pas de faux-semblants. Alors les choses se mettent en place, comme un puzzle dont on finira par recoller les morceaux. Sonorités d’Inde et byzantines, chants et mouvements hip-hop, chants dodécaphoniques, incantations liturgiques, onomatopées. La partition d’El Niño de Elche, timbre de cantaor qui trouve dans le phrasé rap un écho à sa quête musicale, déconcerte. Alia Sellami, chanteuse tunisienne, déambule, somnambule. Sa voix déploie ses ailes sur un registre d’une amplitude impressionnante : lyrique, jazz, contemporain, chants profanes et sacrés. Au loin, Israel Galván esquisse des pas. On le voit à peine. On entend rouler ses pieds. Les tables sont disposées dans un étrange alignement. On les pousse, on les renverse. On vire ce qui s’y trouve. Des restes de repas. On fait place nette. Les danseurs montent dessus. On pense aux tapis des mines d’Andalousie où l’on triait autrefois le charbon. On a peut-être tout faux. Mais Galván, sa danse du cygne, se prête à toutes les histoires possibles. Son enfance est là. Qui refait surface. Lui qui voulait dormir le soir et que l’on tenait en éveil pour danser avec ses parents jusqu’à pas d’heure. Des moments de solitude dont il est nourri. Des moments d’épuisement et de tristesse devant des adultes qui jouent à faire la fête. Des moments inoubliables, ancrés dans son corps, dont il nous livre des instantanés. Être ou ne pas être dans le cercle, sous les sunlights. Comment rester humble, retrouver l’humilité, les premiers gestes primitifs de la danse. Galván est une star du flamenco, une étoile, una estrella qui brille dans la nuit. Le flamenco s’exporte bien. On ne compte plus les danseurs et cantaors pétris de talents, demandés de par le vaste monde. Mais il n’est pas une marchandise, nous souffle Galván. Il est un art du sensible, de la douleur au monde, un art du pauvre. Il ne juge pas ses pairs. Il faut bien vivre. Il tente l’impossible. Nous raconter la fatigue après la joie, la souffrance et le bonheur de la transe. Le désir de communier ensemble au rythme d’un rituel qui coule dans ses veines. À la fin, il revient sur le devant de la scène. Ses pieds frappent le sol, balaient le sol. Et c’est vertigineux.
L’Humanité, Marie-José Sirach, juillet, 2017.


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Extrait de Torobaka -2014

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