Umwelt
Danse / MARDI 17 JANVIER 20H  / Le Foirail
1H / TARIF A

Pièce magistrale de la chorégraphe Maguy Marin créée en 2004, Umwelt n’a rien perdu de sa puissance de déflagration. Depuis la création de May B en 1981, l’écriture de Maguy Marin, qui puise aux sources du théâtre, conjugue radicalité et poésie pour saisir les fragilités de la condition humaine. Conçue comme un déferlement ininterrompu d’apparitions fugitives qui traduisent l’urgence, Umwelt saisit le mouvement de l’être et du temps. Les neuf interprètes surgissent avec une précision mécanique d’entre les panneaux de miroir qui dissimulent l’arrière-plan. C’est tout un cortège de gestes, de situations, d’accessoires, de vêtements qui défilent pour dire l’humanité toute entière : un couple qui s’embrasse, un homme qui s’habille, un individu qui transporte une plante, qui fume une cigarette ou boit un café. Les êtres se croisent, se dédoublent, se rejoignent et s’éloignent, sorte de « une vie mode d’emploi » tumultueuse qui épuise les possibles. Ce flux est traversé par un vent qui souffle en continu sur le plateau et le son de trois guitares électriques actionnées par une bobine de fil. Car ce chaos magnétique est aussi le monde des catastrophes écologiques – Umwelt, signifie « environnement  » -, qui s’inscrit dans l’accumulation des objets et déchets jetés en vrac sur le plateau. Maguy Marin exprime avec une économie de moyens stupéfiante la nécessité de vivre ensemble et d’agir. Vingt ans après la création d’Umwelt, le choc reste intact.

Conception Maguy Marin — Avec Ulises Alvarez, Kostia Chaix, Kais Chouibi, Daphné Koutsafti, Louise Mariotte, Lise Messina, Isabelle Missal, Paul Pedebidau, Ennio Sammarco — Dispositif sonore et musique Denis Mariotte — Lumières Alexandre Béneteaud — Costumes Cathy Ray / Nelly Geyres Son Victor Pontonnier — Régie plateau Balyam Ballabeni / Albin Chavignon — Crédit photos Fondazione Musica per Roma, Musacchio Ianniello Pasqualini
PRODUCTION

Coproducteurs Le Théâtre de la ville à Paris, Maison de la danse à Lyon, Le Toboggan à Décines, Charleroi danse pour la reprise 2021, Compagnie Maguy Marin. / La Compagnie Maguy Marin à rayonnement national et international est soutenue par la Direction Régionale des Affaires Culturelles Auvergne-Rhône-Alpes. La Compagnie Maguy Marin est subventionnée par la Ville de Lyon, la Région Auvergne- Rhône-Alpes et reçoit l’aide de l’Institut français pour ses projets à l’étranger. Diffusion nationale et internationale A Propic - Line Rousseau et Marion Gauvent.

Pièce magistrale de la chorégraphe Maguy Marin créée en 2004, Umwelt n’a rien perdu de sa puissance de déflagration. Depuis la création de May B en 1981, l’écriture de Maguy Marin, qui puise aux sources du théâtre, conjugue radicalité et poésie pour saisir les fragilités de la condition humaine. Conçue comme un déferlement ininterrompu d’apparitions fugitives qui traduisent l’urgence, Umwelt saisit le mouvement de l’être et du temps. Les neuf interprètes surgissent avec une précision mécanique d’entre les panneaux de miroir qui dissimulent l’arrière-plan. C’est tout un cortège de gestes, de situations, d’accessoires, de vêtements qui défilent pour dire l’humanité toute entière : un couple qui s’embrasse, un homme qui s’habille, un individu qui transporte une plante, qui fume une cigarette ou boit un café. Les êtres se croisent, se dédoublent, se rejoignent et s’éloignent, sorte de « une vie mode d’emploi » tumultueuse qui épuise les possibles. Ce flux est traversé par un vent qui souffle en continu sur le plateau et le son de trois guitares électriques actionnées par une bobine de fil. Car ce chaos magnétique est aussi le monde des catastrophes écologiques – Umwelt, signifie « environnement  » -, qui s’inscrit dans l’accumulation des objets et déchets jetés en vrac sur le plateau. Maguy Marin exprime avec une économie de moyens stupéfiante la nécessité de vivre ensemble et d’agir. Vingt ans après la création d’Umwelt, le choc reste intact.

DISTRIBUTION

Conception Maguy Marin — Avec Ulises Alvarez, Kostia Chaix, Kais Chouibi, Daphné Koutsafti, Louise Mariotte, Lise Messina, Isabelle Missal, Paul Pedebidau, Ennio Sammarco — Dispositif sonore et musique Denis Mariotte — Lumières Alexandre Béneteaud — Costumes Cathy Ray / Nelly Geyres Son Victor Pontonnier — Régie plateau Balyam Ballabeni / Albin Chavignon — Crédit photos Fondazione Musica per Roma, Musacchio Ianniello Pasqualini

 
INSTANTS PLURIELS
Film documentaire
Maguy Marin : l’urgence d’agir
David Mambouch, présenté par Maguy Marin
LUNDI 16 JANVIER 20H
Cinéma Le Méliès, Le Foirail

Elle est de ces artistes qui creusent des sillons durables et profonds, qui bouleversent les existences. Depuis plus de 35 ans, Maguy Marin s’est imposée comme une chorégraphe majeure et incontournable de la scène mondiale. Fille d’immigrés espagnols, son œuvre est un coup de poing joyeux et rageur dans le visage de la barbarie. Son parcours et ses prises de position politiques engagent à l’audace, au courage, au combat. En 1981, son spectacle phare, May B., bouleverse tout ce qu’on croyait de la danse. Le parcours de la chorégraphe Maguy Marin est ici immortalisé et transmis par l’image de cinéma. Le réalisateur David Mambouch retrace l’imbrication subtile entre la vie sur scène, le terreau de l’histoire familiale, la rencontre décisive avec les corps rebelles aux archétypes marchands et les textes de Samuel Beckett. La scène Espaces Pluriels présente Umwelt, autre pièce majeure de la chorégraphe au Foirail le mardi 17 janvier.

En partenariat avec le Cinéma Le Méliès.

 

Maguy Marin
Danseuse et chorégraphe née à Toulouse, Maguy Marin étudie la danse classique au Conservatoire de Toulouse puis entre au ballet de Strasbourg avant de rejoindre Mudra, l’école pluridisciplinaire de Maurice Béjart à Bruxelles. En 1978, elle crée avec Daniel Ambash le Ballet-Théâtre de l’Arche qui deviendra en 1984 la Compagnie Maguy Marin. Le Centre chorégraphique national de Créteil et du Val-de-Marne voit le jour en 1985 : là se poursuivent un travail artistique assidu et une intense diffusion de par le monde. En 1987, la rencontre avec le musicien-compositeur Denis Mariotte donne lieu à une longue collaboration. Une nouvelle implantation en 1998, pour un nouveau Centre chorégraphique national à Rillieux-la-Pape. L’année 2011 sera celle d’une remise en chantier des modalités dans lesquelles s’effectuent la réflexion et le travail de la compagnie. Après l’intensité des années passées au CCN de Rillieux-la- Pape, s’ouvre la nécessité d’une nouvelle étape à partir d’un ancrage dans la ville de Toulouse à partir de 2012. En janvier 2015, Maguy Marin et la compagnie retrouvent l’agglomération lyonnaise. Une installation à Ramdam à Sainte-Foy-lès-Lyon qui enclenche le déploiement d’un nouveau projet ambitieux : Ramdam, un centre d’art.

Sous une forme magnifiquement épurée, Umwelt de Maguy Marin, est mené dans un climat infernal où le vacarme de gigantesques souffleries ajoute à l’angoisse que donne la vision d’hommes aux prises avec un vent d’apocalypse. Alors que mugit cet ouragan du malheur qui semble être le souffle de l’Histoire, ceux-ci s’adonnent, dans une frénésie et une insouciance tragiques, à leurs activités les plus communes et les plus dévastatrices pour leur environnement. On ne les entrevoit que par éclairs, dans un espace entrecoupé d’étranges panneaux, cependant que l’avant-scène se charge de détritus qui font d’un espace vierge jusque-là un pathétique capharnaüm. Terrible réquisitoire sur la folie des humains qui saccagent inexorablement la planète avec une inconscience qui vire à la folie suicidaire. Maguy Marin l’exprime avec une économie de moyen stupéfiante, qui fait d’Umwelt une œuvre magistrale.
Le nouvel Observateur, Raphaël de Gubernatis, 23/11/2006.

Ce que montre Umwelt importe au moins autant que ce qu’on y expérimente, soi, calé dans son fauteuil de spectateur, à l’abri, planqué. Et c’est peut-être ça qui choque, qu’il nous faille quitter le confort de notre regard distancié, de notre bonne volonté culturelle, toujours prête à ingurgiter du spectacle parce que nous sommes cultivés et que nous aimons ça. Alors, dans un vacarme assourdissant, comme si nous étions dans l’œil du cyclone, les danseurs répètent à peu près les mêmes mouvements, une heure durant, jusqu’à l’épuisement ; ils apparaissent et disparaissent au travers d’une série de panneaux miroirs disposés en fond de scène, multipliant les gestes du quotidien, abandonnant sur le devant du plateau objets, vêtements ou détritus. Banalité des conduites humaines, mise en abyme de notre propre condition… A l’évidence, l’art ne se réduit pas à la culture. Tel est le fond des choses.
Daniel Conrod, Télérama, 02/2008

Avec Umwelt, c’est une Maguy Marin nouvelle qui renaît.
Umwelt n’est pas de la danse, mais un fantastique jeu de miroirs et d’illusions, une réflexion sur le temps et la banalité du quotidien, sur la fiction et la réalité. Umwelt relève d’un domaine totalement insolite et original. Un cru exceptionnel. A l’avant-scène un cordon se déroule lentement de cour à jardin, en frottant au passage les cordes de trois guitares électriques posées au sol. Cet accord unique amplifié constitue le seul support sonore, concrétisant le bruit du vent qui souffle en rafale au plateau. Le décor, élément essentiel, est constitué de miroirs les uns derrière les autres, formant des portes ouvertes sur d’autres miroirs, d’où un effet constant de reflets et de mirages. Brefs passages des artistes, portant divers objets. Ce perpétuel défilé pourrait paraître fastidieux et systématique. Mais les accessoires sont si divers, d’un bouquet de fleurs à un quartier de bœuf, d’un sac-poubelle à un gros nounours, que l’inventaire complet prendrait des pages entières. L’effet de surprise est toujours renouvelé, l’expérience poussé jusqu’au-boutisme. Le regard se perd entre un personnage et son reflet à gauche, ou son double et son image à droite ! Ils surgissent par deux, trois ou quatre, parfois par couples qui s’étreignent ou s’affrontent. Ces mécaniques humaines accomplissent des gestes banaux – boire, manger, enfiler un pantalon – ou nagent en plein délice surréaliste pour échapper à la banalité du quotidien. L’agitation est fébrile… Dans cet univers d’illusions, seuls les reflets dansent… !
René Sirvin, Figaro, 12/2006

Nous en sommes là.
A inventorier des aptitudes.
A jouer du possible sans le réaliser.
A aller jusqu’à l’épuisement des possibilités.
Un épuisement qui renonce à tout ordre de préférence et à toute organisation de but ou de signification.
On ne préfère pas celui-ci à celui-là.
On ne réalise plus, bien qu’on accomplisse.
Et c’est parce qu’on ne cesse de vouloir vivre non pas seulement de naître, d’expérimenter non pas seulement de constater, que nous nous dégageons de la complexité.
Que la complexité devient multiplicité.
Que le monde n’est plus complexe, mais multiple.
Une multiplicité où l’épuisement des possibles compose. Rythme.
Une multiplicité remplie de mouvements ininterrompus, avec des accélérations, des relâchements.
Des transformations constantes potentiellement capables de mettre en joie ou en tristesse, de nous mettre en puissance ou en impuissance d’agir.
Vivre nos capacités en transformation.
On n’est pas fait une fois pour toute.
On ne sait pas ce qu’une vie – ce qu’un corps- peut ?
On ne sait pas quelles sont les postures qui se déclineront de nos interférences (extérieures ou intérieures) ?
Postures, accidents, dissonances, marches et démarches.
Trop à faire avec un possible de plus en plus restreint pour se soucier de ce qui arrive encore.
Faire naître du possible à mesure qu’on en accomplit.
Car il n’y a d’existence que déploiement.
Épuiser les potentialités d’un motif par la composition, décomposition, recomposition des variations, successions, juxtapositions, en un flux continu : fugue et canon.
Des espaces qui se composent et se décomposent entre eux.
Fragmentations et combinaisons possibles.
Des espaces peuplés, parcourus.
Construction mouvante, où la singularité rencontrée se prolongera au voisinage d’une autre.
Une construction de proche en proche.
Une construction par le milieu des choses.
Entrevoir les porosités pour dire encore la nécessité de l’adresse aux autres, de l’appel de l’indéfini.
Les “Autres” comme “mondes possibles” auxquels les déplacements, les objets confèrent une réalité toujours variable.
Les “Autres” qui n’ont d’autre réalité que celle que leur voix leur donne dans leur monde possible et qui constituent des “histoires”.
Maguy Marin