Volées d’éclats

Jackie Taffanel
Festival de danse 1999

Danser, chez Taffanel, c’est dire qu’il y est question de mouvement, bien évidemment, mais aussi d’espaces changeants et de rapports parfaitement aboutis entre les danseurs. Les relations mystérieuses qu’elle propose dans les contacts de duos ou de trios font appel, presque à chaque fois, à des développements imaginaires qui prennent l’allure de grands mythes, au sens universel. Quant à la forme du solo, c’est la présence du danseur qui suggère en permanence que l’espace ne sera jamais fermé sur l’unicité. Ouvertures successives en des endroits multiples qui se déploient les uns sur les autres à la manière d’une spirale, tantôt enveloppante, tantôt répulsive. La danse est bien là, et la gestuelle est large et généreuse. La construction chorégraphique a la particularité du détail bien réglé et des trajets précis. Dans les échappements et « les retrouvailles », il y est question de passages éphémères jamais clos sur une histoire qui pourrait se fermer sur elle même. Jamais d’histoires d’ailleurs, plutôt des trajectoires. D’où cette impression d’ouverture à l’imprévisible ; qu’il s’agisse du rapport des danseurs entre eux ou de la relation qui s’établit entre les danseurs et la musique. Celle de Jean-Marie Machado, par exemple, construit l’espace sonore autour des corps, comme si c’était le nôtre. Ces qualités d’écriture, Jackie Taffanel les tient de son talent, c’est certain, mais elle écoute aussi ses interprètes auxquels elle donne libre cours. Qu’il s’agisse de leur couleur, de leur vocabulaire ou de leur énergie propres... cette danse est un festival d’éclats et de regroupements jamais confondus.

Michel Vincenot - Février 1999
ESPACES PLURIELS
SCÈNE CONVENTIONNÉE
DANSE / PAU
T 05 59 84 11 93