Rachid Ouramdane
CCN2 Grenoble
TORDRE
Danse MARDI 19 DÉCEMBRE 20H30 / Théâtre Saragosse
1H10 / TARIF B

Atmosphère enveloppante et hypnotique, qualité d’écoute et de contemplation… Rachid Ouramdane parfait, dans Tordre, son art subtil de la composition et place la focale là où il sait le mieux la poser : entre étrangeté irréductible et proximité. Tordre s’ouvre malicieusement sur la musique de Funny Girl, le film musical américain de William Wyler. Deux danseuses déboulent sur le plateau. Avec elles, on sourit des grands archétypes du corps glorieux tel que Broadway l’a fantasmé. Pour mieux tordre, ensuite, la référence et pénétrer dans une autre histoire du corps, plus intime, plus fragile. C’est l’histoire de deux interprètes qui accompagnent depuis plusieurs années le travail de Rachid Ouramdane. L’histoire de la danseuse lituanienne Lora Juodkaite qui, en tournant sur elle-même jusqu’au vertige, a développé une pratique gestuelle personnelle qui l’accompagne et la réconforte depuis qu’elle est enfant. Et l’histoire de la danseuse britannique Annie Hanauer, bougeant avec une prothèse de bras articulée qui la prolonge et la constitue tout à la fois. Chacune à sa manière a développé un « savoir-faire » connu d’elle seule, a inventé une pratique devenue pour elle, aujourd’hui, consubstantielle.

« [...] Portraitiste dans Superstars ou Cover, autobiographe dans Loin…, enquêteur dans Des témoins ordinaires, Rachid Ouramdane poursuit ici un registre documentaire qui a popularisé sa signature à l’international : celui du témoignage feutré, de la révélation pudique, d’une mise en scène patiente et délicate de la confidence. » Eve Beauvallet

Conception et chorégraphie Rachid Ouramdane / Avec Annie Hanauer et Lora Juodkaite / Lumière Stéphane Graillot / Décors Sylvain Giraudeau / Crédits photos Patrick Imbert

+ PRODUCTIONS

Production déléguée CCN2 – Centre chorégraphique national de Grenoble — Direction Yoann Bourgeois et Rachid Ouramdane / Coproduction L’A./Rachid Ouramdane, Bonlieu – Scène nationale d’Annecy, la Bâtie – Festival de Genève dans le cadre du projet PACT bénéficiaire du FEDER avec le programme INTERREG IV A France-Suisse / Avec le soutien du Musée de la danse – Centre chorégraphique national de Rennes et Bretagne / Pièce créée avec le soutien du Ministère de la culture et de la communication / DRAC Île-de-France dans le cadre de l’aide à la compagnie conventionnée et de la Région Île-de-France au titre de la permanence artistique / Le CCN2 est financé par la Drac Auvergne - Rhône-Alpes/Ministère de la culture et de la communication, Grenoble- Alpes Métropole, le Département de l’Isère, la Région Auvergne – Rhône -Alpes et soutenu par l’Institut français pour les tournées internationales.

Atmosphère enveloppante et hypnotique, qualité d’écoute et de contemplation… Rachid Ouramdane parfait, dans Tordre, son art subtil de la composition et place la focale là où il sait le mieux la poser : entre étrangeté irréductible et proximité. Tordre s’ouvre malicieusement sur la musique de Funny Girl, le film musical américain de William Wyler. Deux danseuses déboulent sur le plateau. Avec elles, on sourit des grands archétypes du corps glorieux tel que Broadway l’a fantasmé. Pour mieux tordre, ensuite, la référence et pénétrer dans une autre histoire du corps, plus intime, plus fragile. C’est l’histoire de deux interprètes qui accompagnent depuis plusieurs années le travail de Rachid Ouramdane. L’histoire de la danseuse lituanienne Lora Juodkaite qui, en tournant sur elle-même jusqu’au vertige, a développé une pratique gestuelle personnelle qui l’accompagne et la réconforte depuis qu’elle est enfant. Et l’histoire de la danseuse britannique Annie Hanauer, bougeant avec une prothèse de bras articulée qui la prolonge et la constitue tout à la fois. Chacune à sa manière a développé un « savoir-faire » connu d’elle seule, a inventé une pratique devenue pour elle, aujourd’hui, consubstantielle.

« [...] Portraitiste dans Superstars ou Cover, autobiographe dans Loin…, enquêteur dans Des témoins ordinaires, Rachid Ouramdane poursuit ici un registre documentaire qui a popularisé sa signature à l’international : celui du témoignage feutré, de la révélation pudique, d’une mise en scène patiente et délicate de la confidence. » Eve Beauvallet

DISTRIBUTION

Conception et chorégraphie Rachid Ouramdane / Avec Annie Hanauer et Lora Juodkaite / Lumière Stéphane Graillot / Décors Sylvain Giraudeau / Crédits photos Patrick Imbert

+ PLUS D'INFOS
BIOGRAPHIE

Rachid Ouramdane
Dès l’obtention de son diplôme au Centre national de danse contemporaine d’Angers en 1992, Rachid Ouramdane se lance dans une carrière de chorégraphe et interprète qui l’amène notamment à travailler en France et à l’étranger avec Meg Stuart, Emmanuelle Huynh, Odile Duboc, Christian Rizzo, Hervé Robbe, Alain Buffard, Julie Nioche... Rachid Ouramdane a réalisé des pièces complexes sur les dispositifs de la représentation présentées sur la scène internationale. Il a longtemps donné une place éminente au portrait dansé. Il cultive un art de la rencontre, dont l’expérience sensible et entière requiert la mise en doute de tous les préjugés. Son travail s’est pendant un temps appuyé sur un minutieux recueil de témoignages, mené en collaboration avec des documentaristes ou des auteurs, intégrant des dispositifs vidéo pour explorer la sphère de l’intime. Ainsi, il tente par l’art de la danse de contribuer à des débats de société au travers de pièces chorégraphiques qui développent une poétique du témoignage. Aujourd’hui, il oriente sa recherche vers une écriture chorégraphique basée sur des principes d’accumulation pour de grands ensembles, comme dans Tout autour pour les 24 danseurs du Ballet de l’Opéra de Lyon ou sa prochaine pièce Tenir le temps pour 16 danseurs dont la première a eu lieu au Festival Montpellier Danse en juillet 2015. Il est régulièrement invité par des compagnies en France et à l’étranger : Superstars (2006) et Tout autour (2014) créées pour le Ballet de l’Opéra de Lyon ; Borscheviks… Une histoire vraie… (2010), pour les danseurs de la compagnie russe Migrazia (Russie) ; Looking back (2011), pour Candoco Dance Company (Royaume-Uni).
En parallèle de ses projets de création, Rachid Ouramdane développe un travail de transmission et d’échange en France et à l’international. Rachid Ouramdane a été artiste associé à Bonlieu — Scène nationale d’Annecy de 2005 à 2015 et au Théâtre de la Ville-Paris de 2010 à 2015. Depuis le 1er janvier 2016, Yoann Bourgeois et Rachid Ouramdane codirigent le CCN2 — Centre chorégraphique national de Grenoble.


ENTRETIEN

Pourquoi créer un duo, et pourquoi de femmes ?
À vrai dire, ce n’est ni pensé ni prémédité. C’est le résultat d’une histoire, car ce sont deux interprètes que j’ai croisées dans mon parcours, et qui, dans le travail que je leur demandais jusqu’ici, notamment en improvisation, apportaient toujours quelque chose de très riche et plein. Jusqu’à présent, j’avais mis leur sensibilité et leur profondeur au service des sujets et des thèmes que je traitais, comme dans POLICES !, Des témoins ordinaires et Sfumato. Dans cette dernière pièce, la technique de giration développée depuis plusieurs années par Lora donnait à voir la perte de repères et le désarroi des réfugiés climatiques, sans pour autant être dans des rapports d’illustration mais plutôt de résonance. Un jour, plutôt que d’interroger ces thèmes à partir de leur danse, je me suis demandé s’il ne fallait pas partir de là d’où venait ce mouvement, de là d’où venait leur façon si singulière de danser. À la différence de mes démarches récentes où je traitais d’un sujet qui faisait débat, et dont j’étudiais ensuite la danse, la lumière, l’espace... j’ai voulu faire le chemin inverse. Partir de la danse, de la leur, et voir en quoi celle-ci nous informe sur qui elles sont, et plus largement comment le mouvement révèle une personne. Dans leur rapport au geste dansé, il y a quelque chose de vital, d’urgent. Ce qui m’intéresse dans le portrait de ces deux femmes, c’est bien ce quelque chose de personnel et d’intime. Pourquoi avoir particulièrement choisi ces deux femmes ? Quand Lora tournoie sur elle-même, elle n’est pas en train de danser, elle se met dans un état second auquel on assiste, qui est bien au-delà d’une performance physique, au-delà de la virtuosité. Bien évidemment, Annie et Lora ne nous racontent pas leur vie quand elles dansent mais on sent bien qu’elles expriment quelque chose d’intime. Pas de leur intimité ou leur histoire personnelle mais un état sensible qui nous ouvre leur espace poétique et à ce qu’il y a d’extrême dans leur parcours de danseuse.

Est ce que les portraits vont être juxtaposés ou va t-il y avoir un moment de duo ?
Ce seront des portraits qui se succèdent, plutôt deux soli qu’un duo, avec peut–être un moment de transition. J’imagine deux présences solitaires, partageant un même espace. Est-ce alors un duo à partir du moment où elles partagent un espace-temps donné ? En tout cas, ce n’est pas dans un souci de les faire se rencontrer. L’écriture scénique est davantage dans une logique de diptyque, qui les fait coexister.

Comment imagines-tu cette création au regard de ta démarche ?
Une partie de mon travail consiste à partager le potentiel de chacun à repousser des limites, à se rendre libre finalement. Quand je travaillais avec Meg Stuart, on se créait des contraintes, des gênes, et l’on voyait la capacité qu’on avait à s’adapter, à trouver des solutions, et cela créait le mouvement, la danse. J’ai l’impression que Lora et Annie sont deux personnes qui sont toujours prêtes à transformer leurs limites, a aller de l’avant. Tous mes projets témoignent de cette capacité qu’il y a en chacun à surmonter les difficultés, résister à ce qui nous enferme et à transformer le réel qui nous entoure plutôt que de le subir. Annie et Lora ont en elles ce souffle de vie qu’il me semble nécessaire de partager.
Entretien avec Rachid Ouramdane, février 2014


PRESSE

Rachid Ouramdane a puisé dans le vécu de ses interprètes pour développer un langage chorégraphique sur le fil de l’émotion. Sauts, étirement, extension. Un précis de virtuosité comme une pulsion vitale. « On apprend tellement de choses qu’on oublie », énonce encore Lora Juodkaite, étonnée d’être là. Il a fallu à ces deux solistes dealer avec cette mémoire du corps et tout autant lâcher prise. Lorsque Lora Juodkaite murmure, comme pour elle-même, « trouvons une fin, Annie », on se prend à rêver qu’elle échoue pour prolonger le sortilège. TORDRE a la séduction immédiate des créations épanouies. Rachid Ouramdane y déclare son amour de la danse et de celles qui la font. Dans le brouhaha actuel, ces paroles réconfortent.
Les Inrocks, Philippe Noisette, décembre 2014.

Les particularités de mouvement de deux danseuses, poussées à l’extrême de leur implication, font déménager les conventions anatomiques de l’image du corps. Un triomphe du geste.(...) On ne sait pas encore à quel point la pièce de Rachid Ouramdane va aller décaper furieusement, derrière cet éclat des apparences de soi et du geste, pour y déceler des logiques profondes de l’écriture du mouvement, mais aussi y dégager des lignes de fuite démentes. Quelle étrange pièce, qui nous laisse bouleversé, assuré d’y avoir plongé, comme rarement aussi profondément dans des implications de ce que le corps dit en actant ; mais dont ce dégagement inouï de forces nous semble aussi échapper à une parfaite maîtrise de la part de son auteur. (...) C’est finalement dans ce trouble du corps dansant, dans le déménagement de ce qu’il donne à lire des apparences, qu’on a pu déceler le sens à réunir deux danseuses aussi distinctes, dans une relation ne dépassant guère le côte-à-côte. Et cela devint totalement, chez l’une comme chez l’autre, une affaire de bras, de membre rhétorique, d’outil d’équilibration, de système de coordination segmentée, d’extension (de prothèse ?) pour agripper l’espace, sinon s’y poser en appui. Déterminants dans le motif du tournoiement de l’une, comme dans les sculptures tridimensionnelles de l’autre, les bras des interprètes de Tordre arrachent nos regards à la paresse des convenances anatomiques. C’est sans doute pour cela qu’il y a de la danse.
Danser/ dansercanalhistorique, Gérard Mayen, novembre 2014.

De pièce en pièce, Rachid Ouramdane ne cesse de nous faire communiquer avec l’incommunicable, de nous relier à ceux qui partent d’une perte, d’un écart au monde choisi ou infligé. Quelque chose se dit de cette chose nécessaire, urgente, sans quoi la vie ne circule plus, qui est qu’il y a une relation vitale avec les corps marqués, ou privés de leur intégrité (comme dans Des témoins ordinaires qui nous remettaient en lien avec des êtres qui avaient été déchus de leur humanité par d’autres). (...) Rachid Ouramdane ne cesse d’aller plus loin dans sa recherche, de pièce en pièce. Double portait, poème sur le manque et la séparation, oeuvre de délicatesse, épure retournant le regard sur lui- même, TORDRE est une oeuvre qui reste simple, une pièce qui convoque le regard là où il devient libre, là où il fait place à l’autre chose. La torsion est là dans ce double face-à-face, entre nous et ce qui pourrait être un double portrait mais qui en fait ne cesse ne rendre sensible l’entre-deux, le vide, ce fameux centre qu’une pulsion toute humaine pousse à remplir ou occuper et à hiérarchiser, nous rappelant que nous sommes périphériques et d’abord périphériques à nous-mêmes. La beauté éclatante de l’oeuvre nous emmène aussi vers des paysages qui disparaissent aujourd’hui, ces paysages intérieurs à la fois imagés et abstraits, décousus tout en ayant une logique intemporelle.
Inferno, Mari-Mai Corbel, novembre 2014.


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SCÈNE CONVENTIONNÉE
DANSE / PAU
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