Brucelles

Karine Pontiès
avec
Juan Benitez, Alessandro Bernardeschi, Eric Domeneghetty, Jean Fürst, Cécile Loyer, Mauro Paccagnella

Elle vient de Belgique avec 6 danseurs, cinq hommes et une femme. Rapport étrange de ces hommes en noir et de cette femme en blanc. Egarés d’un champ de bataille, à la limite de l’univers carcéral, ils dansent, ils chantent, ils traversent le tragi-comique de l’existence.

Quand la parole ne peut plus se dire, la danse mène les corps en ses dérives. L’univers fantasque de Karine Pontiès, entre déraison et folie, entre émotions, désirs et menaces, agit « aux intersections muettes de la forme, de la couleur, du mouvement et du rythme. L’endroit d’où l’on peut apercevoir un certain tragi-comique de l’existence humaine. »

Ce qui d’habitude sert de repères au quotidien est transporté dans un univers déroutant, peut-être même insupportable. C’est un drôle de festin, autour d’une table étrange. Les objets usuels sont détournés, traversés, déconstruits. Comme les corps, d’ailleurs. Tantôt fermés, tantôt triturés, tantôt énergiques dans les directions et les départs du mouvement. La danse est aux marges de l’irrationnel quand l’espace lui-même déconstruit le corps, noué au bord du handicap.

Une sorte de folie qui trouve le moyen d’échapper à l’enfermement dans un lieu qui n’existe nulle part. Entre grandiose et dérisoire, cette pièce touche au fond de nous ce qu’on n’ose jamais s’avouer. Les fonctions elles-mêmes du corps sont changées. Le repas n’est plus une table mais un ensemble d’objets à détourner les repères du temps et de l’espace. Repères fondamentaux que la danse utilise, ici, a contrario.

La corps à l’état premier obéit à l’instinct de l’animal rampant qui tente de se mettre debout, entre chutes et sursauts. Et quand il est debout, c’est pour chercher l’endroit du sens. Anecdote sur la folie ? Certainement pas. Plutôt une exploration du corps, en une pièce tragique et légère en même temps, pour aller chercher le sourire en dérive qui se cache secrètement en nous..

Michel Vincenot - Janvier 2001
ESPACES PLURIELS
SCÈNE CONVENTIONNÉE
DANSE / PAU
T 05 59 84 11 93