JOURNAL D’INQUIÉTUDE

Chorégraphie : Thierry Baë

Ne vous fiez pas au titre.
Ce spectacle est un cadeau de tendresse, d’humour et d’intelligence.

Thierry Baë, ce chorégraphe-interprète qui a travaillé avec les plus grands de la danse (Josef Nadj, Catherine Diverrès, Mathilde Monnier, Mark Tompkins et Bernardo Montet), n’a pas voulu rajouter du noir à notre vie morose. Bien au contraire, il y met de la lumière et nous touche au cœur.

Il se présente en simple interprète, et l’humain le passionne. Il nous parle de choses limpides : sa vie de danseur sur laquelle il ironise en toute humilité. Puis il danse et fait danser sa danse par les grands que nous venons de citer. L’un des cinq sera l’invité-surprise dans la dernière partie du spectacle.

Dans la première partie, Thierry Baë danse son solo dont il est à la fois l’interprète et le chorégraphe : « Arrête, arrête, recommence ce mouvement, se dit-il à lui-même et à voix haute, là tu n’es pas juste... » Et il recommence ce qu’il est censé avoir râté pour livrer au spectateur le meilleur de son geste. Jusqu’au moment où l’on comprend que sa danse parle de nous, de nos limites et de nos petits bonheurs. Le petit bonheur, c’est se surpasser quand on croyait ne pas y arriver. Franchir les obstacles que nous pensions infranchissables. Et nous finissons par faire ce que nous pensions irréalisable. À cet instant, son histoire nous émeut.

Et voilà l’origine de ce solo projeté en deuxième partie sur écran vidéo. Caméra à l’épaule, Thierry Baë part à la rencontre de Mathilde Monnier, Josef Nadj, Mark Tompkins, Catherine Diverrès et Bernardo Montet auxquels il demande naïvement : « Tu voudrais pas danser mon solo, en deuxième partie de mon spectacle ?... »

Devant cette demande quelque peu incongrue, les chorégraphes en question sont d’abord surpris, font semblant de s’intéresser, puis se défilent. Au final, tous accepteront de jouer le jeu.

Nous découvrons alors, en troisième partie, l’un des cinq invités-surprise, débarqué à la dernière minute, le jour du spectacle. Les rôles sont inversés. Le « petit » est dans la cour des grands.

Assis sur sa chaise, Thierry Baë donne « à la star de la danse » les mêmes consignes qu’il se donnait à lui-même. L’invité danse l’intégralité du solo de Thierry Baë, exécute les mêmes mouvements et se laisse diriger par celui qui fut jadis son interprète. Ce moment est touchant de justesse et d’émotion.

Qu’on ne s’y trompe pas, le Journal d’inquiétude de Thierry Baë est un moment de plaisir délicieux qui a connu un succès incontestable au dernier festival d’Avignon. Et pour ceux qui pratiquent la danse ou qui la découvrent, c’est une belle approche qui fait comprendre dans la simplicité les processus de l’écriture chorégraphique.

7 février 2007 - Michel Vincenot
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DANSE / PAU
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