La trace du soleil

Thierry Thieû Niang création mars 1999 par dix enfants du quartier

Les enfants ne sauteront pas au plafond. Car il faut beaucoup de temps pour apprendre la technique de la danse. Mais, ces enfants-là, auront découvert deux ou trois choses qui sont les fondements de la danse. La concentration, d’abord, qui permet d’entrer dans l’espace comme dans un lieu à partager avec d’autres. L’écoute, ensuite, condition essentielle pour danser ensemble et respecter les désirs et les intentions des partenaires. Et enfin le temps, cette expérience qui nous oblige à aller jusqu’au bout du mouvement, à le vivre et à le sentir jusque dans le plus petit geste du corps. Ce sont des choses exigeantes que ces enfants ont découvertes. Leur danse est simple, certes, mais claire jusque dans le regard que chacun d’eux a porté sur les autres. « Ces enfants du soleil » ont laissé leur trace chez des copains-danseurs qui ne se connaissaient pas et qui ont vécu une aventure commune, celle de la danse au cœur du temps, au cœur des autres, et au cœur d’un chorégraphe qui les a écoutés avec tendresse et générosité.

« ... Et puis le soir, il s’en va de l’autre côté, comme il est venu. Peut-être qu’il est un peu voyeur le soleil mais il est discret aussi. Il fait comme s’il n’avait rien vu. La nuit venue, « l’enfant qui précède le soleil » laisse courir ses yeux partout. Il se demande pourquoi le cœur continue de battre si fort dans le ciel. Il ne sait pas pourquoi la peau est envahie de mille petites vagues qui veulent pas s’arrêter de bouger. On lui a rien demandé au soleil. On lui a même pas dit de nous apprendre à ouvrir les yeux quand la nuit endort toute la terre, et le ciel aussi. Et pourtant il est entré comme un petit délice inattendu chez les enfants du matin. Pas comme un voleur, non, çà il ne sait pas faire, mais comme un passager clandestin qui s’introduit dans la peau jusqu’à l’extrémité des doigts, dans le corps jusqu’au bout de la respiration. Enfin bref, partout. Peut-être que « les enfants qui précèdent le soleil » ne savent pas comment on fabrique l’amour. Ils pouvaient pas deviner. Alors le soleil a raconté que l’amour faisait sourire les yeux ... On a fini par le croire, puisqu’il nous l’a dit. »
Extrait de « Comment va le monde ce matin ? »

Michel Vincenot - 31 mars 1999
ESPACES PLURIELS
SCÈNE CONVENTIONNÉE
DANSE / PAU
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