Merci au public et aux danseurs (Plurielles 2002)

Merci au public et aux danseurs du 9e Festival de Danse
12 mars au 11 avril 2002

Les turbulences emportées

On ne quitte pas ses partenaires sans avoir préparé le départ. De la même façon qu’on entre en état d’écoute dans l’espace occupé par les autres. Dans l’improvisation de la danse, l’entrée et la disparition des danseurs nous ont appris cela. « Je sens intuitivement si la matière corporelle peut entrer en résonance. », dit Paco Dècina.

Les corps, en effet, portent en eux le temps, les trajectoires obscures et les nœuds de la vie ; des rendez-vous manqués ou des rencontres inattendues traversées par l’échange : les yeux, l’écoute, le regard, la peau et les mots qui se donnent dans ces moments transparents.

Dans les turbulences de la vie se mélangent plusieurs nappes, de la plus enfouie dans l’indicible jusqu’à la plus visible, mais tout aussi indicible. Le toucher, la voix, les gestes, la pensée consentent un instant à venir au grand jour pour laisser les corps à nu et la chair en éveil ; un espace en attente, surpris à tout moment par la présence de paroles insoupçonnées. « Ce sont des états où le corps attend le corps. », dit Daniel Dobbels. Et quand il se fait absent, il reste la mémoire floue ou la mémoire claire d’une trajectoire qui nous a effleurés. Peut-être pour rien, mais peut-être pour beaucoup. Chaque individu emporte avec lui ce secret.

Ces turbulences du corps sont celles de la vie, comme les sillons creusés par la danse qui imprime sur chaque interprète la marque de ce que les autres ont donné en héritage. Cet héritage est emporté à leur tour par les hommes, les femmes ou les enfants qui ont parcouru pendant un mois la danse, les danses de ce 9e festival.

Merci à vous tous, publics, danseurs, techniciens, cuisiniers et bénévoles, parfois discrets, toujours efficaces.

Le point de départ était dans la transmission. Le point de clôture, ou d’ouverture, est désormais dans les turbulences que ces danses-là ont laissées chez les spectateurs avec lesquels nous avons échangé quelques mots ou manqué l’occasion d’une écoute.

Michel Vincenot - 11 Avril 2002
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