Soli

interprétés par Anna Fayard
« Là d’ou je vais », chorégraphie Agnès Coisnay
« Celle qui... », chorégraphie de Daniel Dobbels
Les ateliers de la Manutention, Bordeaux

Le poids de l’histoire doit obligatoirement s’approcher dans la douceur, comme un dialogue d’amour où les mots ont du mal à se dire. Comme la caresse hésitante à l’approche du corps d’autrui, chargé de souffrances, de violences passées qui n’ont pas encore été dites. A cet instant, c’est seulement la trace du souvenir qui est lisible lorsqu’il vient de loin et repart au lointain, dans la brièveté du corps qui consent à dépouiller son geste pour en partager la nudité. On porte alors sur ce corps-là, non pas un regard, mais une écoute sensitive de toutes les parcelles de la peau qui vibrent en intermédiaire du dedans et du dehors, à l’adresse de cet inconnu partagé. Comme la voix hésitante qui se risque à transmettre une mélodie venue du fond, de l’endroit où l’être se met à parler. Désir irrépressible, livré comme un pari sur la vie. « Là d’où je vais » pourrait être alors l’endroit où je suis, et en même temps là où le désir me porte en lieu et place d’un rendez-vous incertain, et pour cette raison, ouvert en permanence sur toute possibilité de nouvelle création.

Alors vient le poids du geste, seulement à ce moment-là. Il vient de là où je suis resté et assume jusqu’au bout sa destination. « Celle qui... » est tout à la fois celle qui était et celle qui devient, traversant au passage les belles trajectoires des doigts et des jambes, rencontres imprévisibles du corps et de l’espace qui accepte désormais que le temps soit donné pour traverser, pénétrer, pétrir les douleurs passées... jusqu’à ce que la présence advienne pour livrer désormais l’instant du corps, lieu unique de l’amour au seuil de l’émergence.

Michel Vincenot - 6 Juin 2003
ESPACES PLURIELS
SCÈNE CONVENTIONNÉE
DANSE / PAU
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